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13-Novembre: le fils de la victime du Stade de France appelle à "combattre la stigmatisation et la division"

Le fils de Manuel Dias, seule victime décédée lors de l'attentat qui a visé le Stade de France, a pris la parole lors de la cérémonie d'hommage qui s'est déroulée ce dimanche.

C'était la seule intervention de ces cérémonies d'hommage aux 130 victimes des attentats du 13 novembre 2015. Michael Dias, fils de Manuel Dias, seule victime décédée de l'attaque qui a visé le Stade de France, a pris la parole pour saluer la mémoire de son père et livrer un discours politique devant le président de la République, le Premier ministre, le ministre de l'Intérieur ou encore la maire de Paris.

Ce 13 novembre 2015, "il est 21h22, je dîne au restaurant quand les grandes télévisions au fond de la salle affichent soudainement", débute d'une voix ferme Michael Dias. L'alerte vient d'être donnée, une personne a été tuée au Stade de France dans une explosion. "Heureusement il n’y a qu’un mort, se dit-il. Je suis loin d’imaginer que la seule victime c’est mon père."

Dans ce froid hivernal, dans cette atmosphère brumeuse dimanche matin, le jeune homme de 33 ans témoigne de cette "attente agonisante pour se rendre que rien ne sera plus jamais comme avant".

"S'humilier en tant que chair à canon"

Aucune peur, aucune haine, aucune colère, Michael Dias dit s'inspirer chaque jour de son père et des valeurs que lui a transmis cet homme arrivé du Portugal à l'âge de 18 ans. "Pour combattre la peur que je ressentais, je ne cessais d’entendre mon père dire qu’il était impossible de vivre la peur au ventre", poursuit-il se définissant comme "un orphelin du terrorisme". Comme l'aurait fait son père, lui continue "d'avancer", "la tête haute".

Michael Dias a alors adressé un message très fort et très politique toujours inspiré des moments de vie de son père pour lequel une plaque a été dévoilée aux abords du Stade de France. "Nous devons combattre ce terrorisme par la connaissance, par l’intelligence", lance-t-il, afin d'éviter que des individus ne sombrent "dans l'aliénation et l'obscurantisme".

"Ce n’est que par la connaissance que l’on pourra éviter que les enfants de demain n’acceptent de s’humilier en tant que chair à canon au service d’intérêts criminels et mafieux qui les dépassent comme c’est le cas aujourd’hui qu’ils sont incapables de réfléchir, de penser le monde et d’exprimer leur mal-être et l’exclusion qu’ils ressentent", clame le jeune homme. 

"L'intégration est la solution"

Connaissance, intelligence mais aussi tolérance. Michael Dias a fait un long plaidoyer pour le respect des différences. "Il est fondamental de prôner autour de nous la tolérance envers toutes les différences", insiste-t-il, rappelant que son père était "la preuve incarnée que l’intégration est possible et nécessaire lui qui avait des amis de toutes nationalités". 

"Il savait respecter l’identité de chacun. Pour lui la France était le dénominateur qui nous était commun", poursuit le jeune homme qui appelle à "combattre la stigmatisation et la division". "L'intégration est la solution", estime-t-il.

"Privé son père de manière aussi injuste et brutale", Michael Dias dénonce ces "débats qui divisent, exacerbent les différences faisant croire au plus naïfs que c’est par l’exclusion des uns que l’on trouvera notre salut". "C’est en offrant les mêmes chances à tous que nous réussirons à empêcher que les ressentiments de certains ne se transforment en brutalité pour tous", a-t-il conclu. 

Justine Chevalier