BFMTV

Taser : policiers et gendarmes ont la gâchette facile

L'utilisation du Taser est en nette augmentation en 2012 : +26% pour la police et +30% dans la gendarmerie.

L'utilisation du Taser est en nette augmentation en 2012 : +26% pour la police et +30% dans la gendarmerie. - -

Rapport à l’appui, le Défenseur des droits dénonce un usage abusif des "armes non létales", comme le Taser et le Flash-ball. En 2012, l'utilisation du Taser a augmenté de 26% pour la police et 30% dans la gendarmerie. Dominique Baudis recommande une prudence accrue et davantage de formation. Syndicats et fabricants se défendent.

Le Taser de plus en plus utilisé en France, et pas toujours à propos. C'est le constat du Défenseur des droits, Dominique Baudis, qui a rendu hier mardi un rapport sur l'usage de ces "armes non létales", comme le Taser, le Flash-ball ou encore le lanceur de balles de défense (une version longue portée du lanceur de balles de caoutchouc classique). L'utilisation du pistolet à impulsions électriques est en nette augmentation en 2012 : +26% pour la police et +30% dans la gendarmerie. Dominique Baudis recommande une prudence accrue lors de l'utilisation de ces armes, mais aussi davantage de formation pour les gendarmes et les policiers amenés à s'en servir.

Le Taser utilisé comme solution de confort

D'après le Défenseur des droits, le Taser est trop souvent utilisé en dehors des situations de légitime défense, comme ça devrait être le cas. Par solution de confort, les policiers et gendarmes l'utilisent pour faciliter les interpellations et le menottage. Ça leur évite d'avoir à se battre.
Le rapport pointe aussi des cas extrêmes, comme cet homme déjà à terre, menotté, qui a reçu 3 tirs et sur qui on s'acharne avec un Taser simplement pour immobiliser ces jambes. Dominique Baudis ne veut plus de cela. Il recommande de : - ne plus utiliser de Taser à bout touchant, directement sur la peau, lors d’un menottage ou d’un contrôle d’identité par exemple ; - étendre aux policiers l'interdiction d'utilisation pour des opérations de maintien de l'ordre qui vaut déjà pour les militaires de la gendarmerie ; - présenter systématiquement la personne qui a subi une décharge électrique à un médecin ; - proscrire les armes qui ne possèdent pas de caméras ; et instaurer un enregistrement sonore et vidéo des interventions ; - et améliorer la durée de formation des policiers notamment.

Arrêter le Flash-ball, pas assez précis ?

Par ailleurs, le Défenseur des droits plaide pour l'arrêt de l'utilisation du Flash-ball, jugé pas assez précis et donc trop dangereux : avec un tir à 11 mètres de distance, il peut y avoir jusqu'à 35 centimètres d'écart avec la zone visée, selon les experts. Pour Dominique Baudis, la solution est de supprimer cette arme et de la remplacer par son équivalent à longue portée, le lanceur de balles de défense, jugé plus précis. Depuis quelques mois, plusieurs départements testent ce dispositif. Mais cette solution a un coût : il faudrait jeter les 3 000 Flash-ball utilisés actuellement, soit un gâchis de plus de 2 millions d'euros.
Ce mercredi matin, les dirigeants de Verney-Carron, la société française qui fabrique le Flash-ball, se sont « étonnés de la teneur » du rapport du Défenseur des droits, précisant que cette arme « a été conçue pour avoir une puissance d'arrêt suffisante pour stopper à distance un individu sans mettre sa vie en danger ».

« Beaucoup moins violent que des coups de poing »

Loïc Lecouplier, secrétaire nationale adjoint du syndicat Alliance est « totalement opposé à limiter l’usage du Taser. Pour moi, explique-t-il, le Taser ou le Flash-ball sont beaucoup moins violents que des coups de poing, des bagarres. Parce que bien souvent, quand il faut maîtriser quelqu’un physiquement, la personne ne veut pas se laisser faire, c’est beaucoup plus violent et dangereux. Si les policiers n’avaient que leur arme individuelle, bien des situations dégénèreraient. Il y a un mois, à Aubervilliers, un policier de la Bac est intervenu sur un individu qui portait des coups de couteau à son enfant de 2 ans. Le policier avait un Taser, il a pu sauver l’enfant, donc c’est la preuve que le Taser est très efficace. Mais ce genre de situation, on n’en parle jamais ».

« C’est une forme de torture ! »

Arnaud Gaillard, vice-président du Réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’homme (RaidH), n’est pas du même avis : « Le rapport ne fait qu’acter ce que nous avons dit depuis le début, c’est-à-dire que cette arme allait être surutilisée. Par exemple, pour essayer de calmer un forcené un peu excité, avec lequel il n’y a aucun danger de mort pour les forces de l’ordre. Ça paraît plus pratique sur l’instant, alors on l’utilise. L’utiliser en contact direct sur la peau, pour calmer quelqu’un qui est déjà menotté, à terre, évidemment que c’est un usage abusif, c’est une forme de torture ! C’est la gégène des temps modernes, vous envoyez une décharge électrique qui n’est pas sensée provoquer la mort, mais qui va provoquer une souffrance terrible ».

J.V. avec Jamila Zeghoudi