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Tarn: des collégiens convoqués par le parquet pour des blagues sur leurs enseignants

Palais de justice (Photo d'illustration)

Palais de justice (Photo d'illustration) - AFP

Ce mercredi, le Canard enchaîné a donné un écho à la convocation de cinq collégiens d'un établissement du Tarn à la fin du mois de juin devant le parquet d'Albi. On leur reproche d'avoir tourné en ridicule certains de leurs professeurs ou membres de l'encadrement scolaire il y a un an dans le journal qu'ils avaient rédigé.

Les blagues, moqueries et comparaisons n'étaient certainement pas du meilleur goût mais leurs jeunes auteurs n'auraient jamais pensé qu'elles les mèneraient un an plus tard devant la justice. Dans sa dernière édition, parue ce mercredi, le Canard enchaîné a ainsi raconté les mésaventures de collégiens d'un collège de la ville tarnaise de Cordes-sur-Ciel. 

Le Pen, Macron et la 4e L 

L'histoire débute un an en arrière, à la fin du mois de mai 2017. Des élèves sont en salle de permanence et se passent de la main à la main une dizaine de copies doubles quadrillées sur lesquelles s'étalent notes et dessins. Il s'agit en fait d'un "journal", intitulé comme son professionnel aîné dans le sud-ouest, La Dépêche. Mais le contenu en est très différent. On y trouve des caricatures, comme celle représentant une Marine Le Pen rebaptisée "Marine Lapine" et montrée sous la forme de l'animal bondissant. Une autre proclame sans s'embarrasser de subtilité qu'Emmanuel Macron "a fait son premier caca" à l'Elysée.

On peut aussi y lire des brèves humoristiques sur le quotidien des collégiens, comme ce texte où le rédacteur plaisante sur l'"arrêt cardiaque général" qu'auraient fait les "4e L" à cause d'un "exercice impossible en géographie". 

Le mea culpa reste lettre morte

Mais ce sont les professeurs et le personnel encadrant l'établissement qui font les frais au premier chef des images concoctées par les élèves. Par exemple, le sexe d'un professeur de mathématiques, qualifié d'"analphabète" par ailleurs, est comparé à un pot d'échappement dans l'un des textes. Un surveillant s'empare bientôt de ce pamphlet découpé en feuilles doubles et en fait des photocopies qu'il transmet à sa direction. Le résultat ne se fait pas attendre: six collégiens sont convoqués par le principal. Celui-ci les menace de porter plainte et les élèves ne font pas les fortes têtes. Ils présentent leurs excuses aux enseignants et l'un d'eux, dans une lettre écrite pour ces derniers, explique qu'il n'avait "aucune intention" de les blesser. 

Il faut croire que tout le monde n'accepte pas ce mea culpa car les gendarmes appellent les parents des satiristes un mois plus tard: le conseiller principal d'éducation et la professeure d'allemand ont porté plainte pour "injures non publiques". Les gendarmes eux-mêmes inclinent plutôt à rire de l'affaire qui leur est soumise mais recueillent tout de même une dizaine de dépositions. 

Là encore, il y a une suite. Un an après les faits, cinq collégiens reçoivent une convocation en provenance du tribunal de grande instance d'Albi. Ils devront comparaître fin juin (à la veille d'épreuves du brevet pour certains) devant le délégué du procureur. 

Robin Verner