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Relaxé en février, Jawad Bendaoud savait-il qu'il logeait des terroristes? 

Jawad Bendaoud est jugé à partir de ce mardi en appel à Paris pour avoir logé les terroristes du 13-Novembre. L'homme de 32 ans a été relaxé en première instance en février dernier. A ses côtés comparaîtront Mohamed Soumah et Youssef Aït-Boulahcen.

Ce 14 février 2018, c'est l'incompréhension qui règne dans la 16 chambre du tribunal correctionnel de Paris. Jawad Bendaoud en est le premier surpris, la justice vient de relaxer celui connu du grand public comme "le logeur de Daesh". Au cours de la lecture du jugement, la présidente Isabelle Prevost-Deprez explique que la cour a considéré qu'aucun élément ne prouvait que le prévenu savait qu'il hébergeait Abdelhamid Abaaoud, le cerveau présumé des attentats du 13-Novembre, et Chakib Akrouh, un Belgo-marocain, complice.

Insatisfait du jugement rendu au terme du procès en première instance, le parquet avait fait appel de cette décision. A partir de ce mardi, et jusqu'au 21 décembre, ce sera à la cour d'appel de Paris de trancher cette question: Jawad Bendaoud, mais aussi Mohamd Soumah, se sont-ils rendus coupables de recel de criminels ou terroristes en fournissant une aide aux deux jihadistes? Youssef Aït-Boulahcen, condamné à 4 ans de prison, dont un avec sursis, en première instance, est lui poursuivi pour "non-dénonciation de crime terroriste".

Recel de malfaiteurs ou de terroristes?

L'affaire Bendaoud a débuté le 18 novembre 2015. Ce jour-là, devant les caméras de BFMTV, le jeune homme, délinquant notoire, déjà condamné par la justice à huit ans de prison pour violences volontaires, témoigne: l'appartement visé par l'assaut du Raid pour déloger des terroristes des attaques de Paris et Saint-Denis, lui appartient. Immédiatement, il est interpellé. Un temps poursuivi pour "association de malfaiteurs terroriste en vue de préparer des crimes", les faits ont été requalifiés en raison des doutes sur le fait qu’il connaissait les terroristes et leur projet funeste. Au terme des débats, le parquet avait d'ailleurs considéré qu'il s'était rendu coupable de "recel de malfaiteurs" et non de "recel de terroristes".

L'instruction avait permis de déterminer que Jawad Bendaoud s'est retrouvé en contact avec Hasna Aït-Boulahcen, cousine d'Abdelhamid Abaaoud, par l'intermédiaire de Mohamed Soumah. La jeune femme, morte dans l'assaut du Raid à Saint-Denis, était venue chercher ce dernier pour lui demander de l'aide pour trouver un logement pour "héberger ses deux frères". Tout au long des débats du mois de février dernier, Jawad Bendaoud n'avait cessé de clamer son innocence, assurant, de manière virulente parfois, n'avoir jamais su que les deux hommes logés étaient des terroristes et avoir fourni un appartement juste pour l'appât du gain.

"Pour les parties civiles, la décision qui a été rendue en première instance a choqué, a réagi Me Didier Seban, avocat de victimes du 13-Novembre. C’est le premier procès de l’après-attentat on renvoie trois personnes, on renvoie celui qui a logé les terroristes après qu’ils ont commis leurs méfaits et on considère que finalement il ne pouvait pas savoir et on le relaxe."

Eviter le "show"

Ce procès en première instance s'était d'ailleurs, au détriment des arguments des parties civiles, dont 780 sont constituées pour ce procès en appel, transformé en show pour Jawad Bendaoud. "Je m'excuse, je n'ai jamais voulu faire le show. je lis que c'est le Jawad Comedy Club. C'est plutôt le Jawad Tragédie Club. J'ai jamais voulu faire rire. C'est la seule chose que j'ai: l'arrogance", avait d'ailleurs reconnu le prévenu au terme des débats, qu'il avait pourtant agrémenté de déclarations fantasques.

"Il ne faudra pas laisser Jawad Bendaoud partir en live et faire de chacun de ses bons mots un sujet de presse", a prévenu Me Seban.

Sorti de prison en février dernier, Jawad Bendaoud a multiplié les rendez-vous avec la justice. Le 25 avril, il a été condamné à 6 mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve pour une durée de deux ans pour menaces de mort sur son ex-compagne. Une peine alourdie en appel à un an de prison avec sursis. Une autre plainte pour menaces de mort avait été déposée en avril par une ancienne petite amie. Face aux gendarmes, cette dernière avait attribué des propos à son ex-compagnon: "Je les ai niqués une fois, je les aurai une deuxième fois", faisant allusion à la relaxe prononcée par le tribunal correctionnel de Paris.

Contactée par BFMTV, la jeune femme, qui sera appelée à témoigner lors de ce nouveau procès qui commence, indique avoir menti pour se venger.

Justine Chevalier