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Reims: après la mort d'un enfant battu par son beau-père, un voisin jugé pour avoir gardé le silence

Un homme de 34 ans est accusé de ne pas avoir prévenu les autorités alors que Tony, un enfant de 3 ans, est mort sous les coups répétés de son beau-père. Il encourt trois ans de prison.

Jugé pour son silence. Ce mardi, Jonathan L., 34 ans, comparaît devant le tribunal correctionnel de Reims (Marne) pour ne pas être intervenu alors que son voisin Tony, trois ans, était battu à mort par son beau-père. Ce procès ne fait cependant pas l'unanimité, y compris au sein des associations de protection de l'enfance.

Un calvaire d'un mois et demi

L'affaire remonte à novembre 2016. La mère de Tony alerte les pompiers après que son fils a perdu connaissance. Sur place, les secours constatent que l'enfant de trois ans est dans "un état particulièrement grave" et présente "de très nombreux bleus". Transporté aux urgences pédiatriques, il meurt à son arrivée, rapporte alors le procureur de la République Reims Matthieu Bourrette, avant d'ajouter:

"Si les services de police avaient été alertés par le voisinage, cet enfant aurait pu passer Noël 2016."

L'autopsie révèle que l'enfant est mort des suites d'"une rupture de la rate et du pancréas" liée à des coups à l'abdomen. De "très nombreux hématomes" sont relevés sur son corps, accréditant la thèse de violences régulières "pendant un mois à un mois et demi", indique le procureur.

"On aurait pu faire plus"

Quelques jours plus tard, plus de 600 personnes participent à une marche blanche pour dénoncer la maltraitance subie par Tony. L'affaire suscite d'autant plus une une vive émotion chez les Rémois qu'un voisin a reconnu avoir entendu des cris et des coups mais n'être pas intervenu. Jonathan L, vivait sous l'appartement familial et avait témoigné au micro de RMC:

"Tous les matins il frappait sur le petit parce qu'il avait fait pipi au lit. On l'entendait. Maintenant il est trop tard. Le soir même, je n'ai pas dormi de la nuit. Je suis le choc. On est tous responsables. On n'aurait pas pu faire grand-chose mais on aurait pu faire plus", affirme-t-il.

Un point de vue partagé par la justice, d'autant que Jonathan L. assure aux enquêteurs avoir dénoncé les faits de maltraitances auprès du bailleur, ce qui a ensuite été démenti par l'organisme. En mars 2018, il est mis en examen pour "non-dénonciation de mauvais traitements". 

Un cas "rarissime en France"

"C'est un cas inédit, ou tout du moins rarissime en France", convient au micro de BFMTV Caroline Rémont, avocate de l'association l'Enfant Bleu Enfance maltraitée. Partie civile au procès, elle fait part de son scepticisme:

"On lui reproche de ne pas avoir dénoncé alors qu'il a dénoncé. Il n'avait peut-être pas les bons outils, le numéro 119, mais il a mis une affiche dans l'ascenseur qui concernait les violences faites aux femmes et aux enfants", indique-t-elle.

L'avocate s'inquiète du fait que le renvoi de ce voisin devant le tribunal pourrait "dissuader tout citoyen de dénoncer à l'avenir des maltraitances en se disant 'si je dénonce je vais être poursuivi'". 

Jonathan L. encourt trois ans de prison et 45.000 euros d'amende. La mère et le beau-père de Tony seront, eux, jugés aux assises en 2020. 

Esther Paolini