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Quels sont les signaux qui permettent d'identifier un cas de radicalisation islamiste?

Après l’attaque de la préfecture de police de Paris qui a fait quatre morts, Christopher Castaner a préconisé que toute alerte liée à la radicalisation fasse désormais "l'objet d'un signalement automatique". Selon Alain Rodier, chargé de recherche sur le terrorisme, le principal signal de la radicalisation est la "volonté de violence".

Comment reconnaître les signaux de la radicalisation islamiste? Le ministre de l’Intérieur a esquissé mardi un embryon de réponse devant les députés de la Commission des lois de l’Assemblée nationale. Entendu cinq jours après l'attaque de la préfecture de police de Paris sur les éventuels dysfonctionnements au sein de l’institution, Christophe Castaner a énuméré, "parmi les signes qui doivent être relevés, un changement de comportement, comme le port de la barbe, la pratique régulière et ostentatoire de la prière rituelle, une pratique religieuse rigoriste, particulièrement exacerbée en matière de Ramadan. Ce sont des éléments qui doivent permettre de déclencher une enquête approfondie".

Mais cette liste est loin de convaincre les députés, notamment M'jid El Guerrab, élu du Parti radical de gauche, qui lui a rétorqué: "Vous avez une barbe vous-même, si vous étiez musulman, j’espère que vous ne seriez pas signalé."

"Si on se met à enquêter sur tous les musulmans qui portent la barbe, on n’en finit pas", abonde Alain Rodier, chargé de l’étude du terrorisme au sein du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), interrogé par BFMTV.com. "D’autant que le critère de la barbe ne tient plus vraiment de nos jours, les djihadistes étant appelés à se fondre dans la masse pour passer inaperçus", ajoute-t-il.

"Volonté de violence"

Cet ancien officier supérieur des services de renseignement extérieurs considère que le principal signal de la radicalisation est la "volonté de violence".

"Les musulmans peuvent avoir une pratique rigoriste de l’islam sans que cela constitue un signal d’alarme. C’est ce qui oppose notamment les salafistes 'quiétistes' et les salafistes 'djihadistes'. Un salafiste 'quiétiste' peut ainsi porter la barbe non taillée et sans moustache, les cheveux rasés, le qamis, faire la prière cinq fois par jour, le ramadan et le pèlerinage à la Mecque sans qu’il s’agisse d’une forme de radicalisation. Le curseur est à placer sur les velléités d’actions violentes, ce qui définit les salafistes 'djihadistes'", indique Alain Rodier.

Le risque d’un passage à l’acte se décèle par exemple "quand il y a une approbation d’événements meurtriers comme la tuerie de Charlie Hebdo", établit-il, faisant ainsi écho à Mickaël Harpon, l’auteur du quadruple assassinat de la préfecture de police. Cet informaticien, proche des milieux salafistes, avait en effet justifié les attentats de 2015 auprès d’un de ses collègues, déclarant "c'est bien fait".

"C’est un indice qui laisse penser qu’on est prêt à faire de même", avertit le directeur de recherche au CF2R.

Faisceau d'indices

Mais, "identifier un processus de radicalisation ne se fait pas sur la base d’un seul indice. C’est la combinaison de plusieurs signes qui donne une forme de cohérence et qui doit provoquer vigilance et alerte", précise le gouvernement dans un document de prévention et signalement des cas de radicalisation djihadiste. Il cite la rupture brutale avec la famille et les proches comme un indicateur essentiel du processus de radicalisation.

"Les individus les plus fragiles et influençables, en quête d’idéal, sont les premiers touchés par le phénomène de la radicalisation, surtout lorsqu’ils sont en situation d’instabilité, de recherche d’une reconnaissance identitaire, affective et de valorisation", développe le site stop-djihadiste.gouv.fr mis en ligne par le gouvernement.

Ces "signaux faibles", moins visibles, doivent faire l’objet d’une attention particulière, selon Alain Rodier.

"Plus un individu en cumule, plus il mérite un suivi approfondi pour savoir s’il est lancé dans un processus de passage à la violence."

Après l’attentat sans précédent, mené le 3 octobre au cœur de l’un des fers de lance de la sécurité de l’Etat, Christophe Castaner a réclamé que toute alerte liée à la radicalisation fasse désormais "l'objet d'un signalement automatique". Emmanuel Macron a quant à lui appelé "la Nation tout entière" à "faire bloc" pour combattre "l'hydre islamiste". Comme rempart contre la radicalisation islamiste, le président a choisi son mot d'ordre: la "société de vigilance".

Ambre Lepoivre