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Quel est l'état de la menace terroriste en France?

Vendredi, un homme a grièvement blessé deux personnes à l'arme blanche, rue Nicolas-Appert dans le XIe arrondissement de Paris, près des anciens locaux de Charlie Hebdo. L'événement a sonné comme le rappel de l'actualité de la menace terroriste, au beau milieu du procès des attentats de janvier 2015.

Non seulement la menace terroriste n'appartient pas à l'histoire - même très récente - mais elle vient de frapper sur les lieux mêmes de certains des crimes jihadistes de janvier 2015. Vendredi, un homme qui a affirmé après son interpellation être originaire du Pakistan et être âgé de 18 ans, a grièvement blessé deux personnes rue Nicolas-Appert dans le XIe arrondissement de Paris, non loin des locaux que la rédaction de Charlie Hebdo avait quitté en janvier 2015 dans la foulée du massacre perpétré par les frères Kouachi.

Cet événement est survenu peu après la republication de caricatures de Mahomet par le journal satirique et parallèlement à la tenue du procès des attentats de janvier 2015. Il est venu rappeler la réalité de la menace terroriste en France.

Sur les ondes de France Inter ce lundi, Laurent Nuñez, désormais coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, a concédé: "Il est évident que la menace est montée en puissance à l’occasion du procès Charlie. On a bien vu que sur les réseaux sociaux il y avait de plus en plus d’appels à la violence."

"La menace globale en France – je mets de côté les attaques projetées, c'est-à-dire l'envoi d'un commando sur le territoire, le démantèlement de l’Etat islamique (Daesh, ndlr) rendant cette menace beaucoup moins probable – est la menace endogène qui est toujours là. Elle est inspirée par la propagande de Daesh", a-t-il ajouté.

"Ces deux dernières années, de tous les attentats perpétrés en France, aucun des auteurs n’était connu des fichiers. Ça veut dire qu’on a une menace multiple et de plus en plus imprévisible", a expliqué sur BFMTV Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme.

L'attentat parisien du 25 septembre, commis à la feuille de boucher, est le quatrième depuis le début de l'année 2020, précédé par une attaque au couteau dans un parc de Villejuif, qui a fait un mort, par un autre passage à l'acte à l'arme blanche à Romans-sur-Isère dans la Drôme, faisant deux morts, et enfin par une attaque à la voiture-bélier à Colombes. Selon des informations recueillies auprès du ministère de l'Intérieur, 32 attentats ont été déjoués dans l'Hexagone depuis 2017. En dehors de ces opérations criminelles avortées, dix plans ont pu aboutir, tuant vingt personnes.

"La résurgence de cette menace est aujourd'hui, en un mot, je le dis et je l’assume, au niveau de celle des mois de septembre-octobre-novembre 2015", a avancé dimanche sur BFMTV Thibault de Montbrial, avocat et président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure.

Toujours selon les statistiques compilées par le ministère, 8132 individus sont inscrits au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT).

On compte par ailleurs dans les prisons 505 détenus en lien avec le terrorisme islamiste et 702 prisonniers dont l'on soupçonne un basculement vers cette mouvance. La sortie de prison, à l'issue de leur peine, de ces personnes, ex-terroristes avérés ou ayant embrassé la radicalité derrière les barreaux, est par conséquent un motif de préoccupation majeur. Selon nos éléments, 45 individus relevant de l'un ou l'autre de ces schémas ont été relâchés cette année, et 63 le seront l'an prochain.

La lutte contre le terrorisme en France ressemble plus que jamais à un combat de longue haleine, lors duquel les services de renseignement ne peuvent se permettre de se laisser gagner par l'usure. A la DGSI, Le recrutement de 1260 agents supplémentaires est acté pour ce quinquennat.

Par Robin Verner avec Mélanie Vecchio