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Quand Didier Lallement, préfet de police de Paris, explique à une gilet jaune ne pas être "du même camp" 

Pour de nombreux observateurs, le haut fonctionnaire est sorti de son droit de réserve.

La discussion longue de moins d'une minute, et parfois résumée à une séquence de seulement quelques secondes, a créé un séisme sur les réseaux sociaux. Ce samedi, quelques heures après une nouvelle mobilisation des gilets jaunes dans le cadre du premier anniversaire du mouvement, le préfet de police de Paris, Didier Lallement, s'est rendu place d'Italie, où de nombreuses dégradations ont été notées

Récit d'un échange 

Là, devant la caméra de BFMTV, le fonctionnaire de police salue une femme qui l'entretient bientôt du sujet des black blocks. "Comment ça se fait que vous n’arrivez pas à arrêter les black blocks ?" demande-t-elle, avant que le préfet lui réponde: "Mais on les arrête." "Tous ? Donc ça ne se renouvellera pas… Parce que c’est une petite bande", reprend son interlocutrice qui, interrompue, assure alors à une personne située hors-champ qu'elle n'enregistre pas la scène avec son téléphone. "Vous avez un beau gilet jaune", remarque soudain Didier Lallement bien qu'on ne puisse rien observer d'autre qu'un sac de cette couleur sur les images. "Oui, je suis gilet jaune mais pas ce gilet jaune là", lance-t-elle, tenant à se distinguer des casseurs, s'attirant alors cette réponse: "Nous ne sommes pas dans le même camp, madame."

Le haut-fonctionnaire fait alors mine de partir, tandis que la manifestante poursuit: "J’ai 61 ans, j’étais aux Champs-Elysées, j’étais devant l’Elysée et moi, à 61 ans, je suis présidente d’une association d’aide aux victimes, je ne casse pas. Ce sont des valeurs qu’on a". Didier Lallement revient sur ses pas et se borne à lui rétorquer: "Vous ne me convaincrez pas." Montrant du doigt la statut du maréchal Juin, dégradée au cours du rassemblement, il avance encore: "Regardez ce qu’on a fait à la statue ! Moi mon oncle est mort à Monte Cassino. Vous voyez ce que ça veut dire."

"Mais ce n’est pas nous ! Oui, les grands-parents se retombent dans leur tombe d’accord. Mais, monsieur, j’habite le 13e - je suis partie à pied car vous avez interrompu les transports aux Champs-Elysées - on ne casse pas ! En un an je n’ai jamais rien cassé", pose la gilet jaune. "Bon, allez, ça suffit !" décrète alors le préfet de police de Paris qui coupe définitivement court à la conversation du même coup. 

Sur Twitter, le journaliste Pierre Jacquemain a longuement commenté la scène, estimant que Didier Lallement est, selon l'article R. 434-29 du code de déontologie de la police nationale, ici sorti de son droit de réserve. 

“Le policier est tenu à l’obligation de neutralité. Il s’abstient, dans l’exercice de ses fonctions, de toute expression ou manifestation de ses convictions religieuses, politiques ou philosophiques”, indique ce même code.

Levée de boucliers des politiques

Les propos du préfet de police de Paris n'ont également pas manqué de faire réagir les politiques. Toujours sur Twitter, le député insoumis de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière a souligné que ces propos étaient "intolérables mais révélateurs."

"Il n'est pas un préfet au service de l'intérêt général, mais un militant pour qui cette citoyenne n'est pas dans le 'même camp' que lui. Si l'on ajoute son incompétence hier, il est clair qu'il doit être remplacé", a-t-il également écrit. 

Ce lundi matin sur FranceInfo, le député du parti de Jean-Luc Mélenchon, Éric Coquerel, a de son côté appelé à la démission du préfet. 

A l'autre extrémité de l'échiquier politique, Florian Philippot, président des Patriotes, a tancé Didier Lallement, qui "ne se considère donc pas comme préfet de la République mais comme préfet d’un 'camp?' Pas acceptable."

Pour Nicolas Dupont-Aignan enfin, il s'agit de propos "absolument scandaleux" qui profitent à Emmanuel Macron "qui se nourrit des divisions entre Français."

Hugo Septier avec R.V.