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Qu'est-ce que la police de sécurité du quotidien défendue par Macron?

Des policiers municipaux de Marseille le 30 juin 2015.

Des policiers municipaux de Marseille le 30 juin 2015. - ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP

Devant les 500 plus hauts responsables de la police et de la gendarmerie, Emmanuel Macron s'est engagé mercredi à donner aux forces de l'ordre les moyens d'être "plus efficaces", en particulier avec la création d'une "police de sécurité du quotidien" qui reste à définir.

Lors de son premier discours consacré à la sécurité, Emmanuel Macron a dévoilé ce mercredi devant les forces de police et de gendarmerie les contours de ses propositions en la matière. Parmi les mesures annoncées très tôt pendant la campagne, celle de créer une "police de sécurité du quotidien" (PSQ). Le gouvernement promet qu'elle ne sera pas identique à la police de proximité, symbole de la politique sécuritaire de Lionel Jospin, supprimée par Nicolas Sarkozy en 2003. Mais cette nouvelle branche a des contours encore flous.

Dans son programme, Emmanuel Macron avait annoncé que cette police serait "au plus près des habitants" et développerait "une connaissance approfondie des lieux et des habitants qu’elle sera chargée de protéger et d’entendre". A ce stade, plusieurs pistes ont été lancées, mais peu a été approfondi par le président. "Ce n'est pas seulement en période de crise que la population doit être fière de sa police, c’est tous les jours", a-t-il martelé, indiquant vouloir "sortir de l’opposition stérile entre police de proximité et police d’intervention".

Quinze villes vont l'expérimenter dès 2018

Une concertation avec tous les acteurs concernés (élus, syndicats de policiers, préfets...) va être lancée dès lundi par le ministre de l'Intérieur, qui a annoncé une mise en place de la PSQ début 2018, après avoir d'abord évoqué "la fin de l'année". Le président entend créer "une nouvelle doctrine référence en matière de sécurité publique". Cette nouvelle police sera dans un premier temps expérimentée dans une quinzaine de villes. Une trentaine se sont déjà portées candidates, dont Lille, Grenoble, Toulouse, ou encore Saint-Denis et Aulnay-sous-Bois, en région parisienne. 

"Il y aura une expérimentation sur une quinzaine de sites qui couvriront un large panel de situations parce que le territoire, les quartiers, les villes de délinquance, selon les bassins géographiques, ne sont pas les mêmes. Nous nous attacherons à tester le dispositif dans différentes situations opérationnelles", détaillait le directeur général de la police nationale (DGPN) sur Europe 1 début octobre. 

Priorité à la lutte contre le harcèlement

Sur le plan théorique, les missions de la PSQ devraient être définies dans un cadre précis qui laissera place à de possibles initiatives au plan local. Le dispositif sera "adapté à la réalité des territoires". Comme l'expliquait Eric Morvan, le patron de la police nationale, les opérations seront "définies de manière plus fine au niveau des territoires eux-mêmes par les chefs de services, sous l’autorité des préfets". 

"L'idée, c'est de s'adapter aux préoccupations de nos concitoyens" selon le lieu où ils vivent, et "de définir les organisations et les modes d'intervention (des forces de l'ordre) par rapport à ces besoins", expliquait mardi l'Elysée à l'AFP. 

Ce qui a fait dire au Front national mardi pour que la future police devait se concentrer d'abord sur le "deal", les "cambriolages" et l'"invasion migratoire", avant le harcèlement des femmes.

Les maires craignent un manque de moyens

Dans ce cadre, le chef de l'Etat a aussi annoncé sa volonté de simplifier les verbalisations, et de les rendre immédiates. Aucun budget n'a cependant été annoncé pour l'instant, ce qui fait craindre à certains maires, même favorables à ce concept, un manque de moyens pour l'appliquer ou un simple "recyclage d'effectifs". 

"A partir du moment où vous faites de la proximité avec les gens vous recueillez des informations, des témoignages, il faut les recouper, c’est un travail considérable. Il faut qu’il y ait derrière des moyens d’enquête, des moyens d’investigation parce que sinon ça ne marchera pas", a prévenu Jean-Luc Mondenc, le maire LR de Toulouse, sur BFMTV ce mercredi.  "Si cela n'apporte pas de moyens supplémentaires, ça fera vite flop", estime le maire PCF d'Echirolles, en Isère, interrogé par l'AFP. "Quotidien? Cela veut dire que c'est durable, tous les jours, on crée des liens avec les habitants, les commerçants. Les opérations coup de poing sont utiles mais ce n'est pas ça qui déstabilise les groupes de dealers qui vendent leur came au vu et au su de tout le monde. Il faut leur contester le territoire!", insiste Renzo Sulli.

  • Le président a répondu ce mercredi. "La sécurité intérieure a été élevée au rang de priorité financière", a indiqué Emmanuel Macron rappelant l'objectif de 10.000 membres des forces de l'ordre recrutés pendant le quinquennat. 
Charlie Vandekerkhove