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Procès Jawad Bendaoud : l'ombre d'Hasna Aït Boulahcen plane sur les débats

Jawad Bendaoud lors de son procès. Youssef Aït Boulahcen, lui, a demandé à ne pas être croqué lors des débats

Jawad Bendaoud lors de son procès. Youssef Aït Boulahcen, lui, a demandé à ne pas être croqué lors des débats - Benoit Peyrucq - AFP

Le procès des "logeurs des terroristes" se poursuit ce mardi avec les réquisitions du procureur de la République. Depuis près de deux semaines, la justice cherche à savoir si Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen savaient qu'ils venaient en aide à Abdelhamid Abaaoud et Chakib Akrouh. Tous ont un point commun: ils ont été en rapport avec la cousine du premier, Hasna.

A la question de savoir si Jawad Bendaoud, Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen sont des terroristes, le parquet de Paris a déjà répondu par la négative au premier jour du procès des trois hommes. A celle de savoir si les trois prévenus avaient conscience de venir en aide aux terroristes du 13-Novembre, le procureur de la République fera part de son avis ce mardi après-midi, jour des réquisitions. Si la réponse à cette seconde interrogation est "oui", selon le parquet, il pourrait demander des peines allant jusqu'à six ans de prison.

Dans ce procès ramassé, un personnage est apparu central, celui d'Hasna Aït Boulahcen. Cousine d'Abdelhamid Abaaoud, coordinateur sur le terrain des attaques de Paris, la jeune femme de 26 ans est morte le 18 novembre 2015 lors de l'assaut du Raid dans l'appartement de la rue de la République à Saint-Denis. Un logement loué par Jawad Bendaoud à la demande d'Hasna Aït Boulahcen, soeur de Youssef, introduite auprès du petit trafiquant par Mohamed Soumah. La boucle est bouclée.

"Une petite beurette, jean moulé"

Le rôle d'Hasna Aït Boulahcen a cristallisé les tensions entre Jawad Bendaoud et Mohamed Soumah, tous deux poursuivis pour "recel de malfaiteurs terroristes". Au point qu'au quatrième jour, la brouille entre les deux hommes a entraîné une suspension de séance, le premier ayant copieusement insulté le second. Cause du différend: les deux hommes ne sont pas d'accord sur la version donnée par la jeune femme, en quête d'un logement juste après les attentats.

"Arrête de mentir, je t'ai dit que je me porte garant seulement pour Hasna", lance Mohamed Soumah à un Jawad Bendaoud qui, lui, assure que son co-détenu savait qu'elle viendrait avec deux hommes.

Cette jeune femme aurait pu être la clé des débats. Mohamed Soumah a largement décrit sa rencontre avec Hasna Aït Boulahcen qu'il date au 16 novembre 2015. "Hasna, elle me demande de la coke et un appartement, a-t-il raconté. Elle m'a pas demandé une Kalachinokov, un taser et un T-Max."

Le prévenu a maintenu que la jeune femme lui avait demandé ce logement pour elle, et elle seule, pour une durée de trois semaines car sa mère venait de la mettre à la porte. Mohamed Soumah dit ne jamais s'être posé de questions, lui qui avance sa volonté d'avoir des relations sexuelles avec Hasna Aït Boulahcen pour expliquer toute l'aide apportée à la jeune femme.

"Moi, je vois une petite beurette, jean moulé, une bouteille d'alcool, c'est l'hiver il fait froid, je pense pouvoir me faire un petit billet et peut-être la baiser", lâche-t-il, sans filtre, à l'audience.

"Gynéco? C'est peut-être de l'argot?"

Restent leurs nombreux échanges entre le 16 et le 17 novembre 2015. Restent ces allusions à cette "gynécologue" qui doit fournir de l'argent à Hasna Aït Boulahcen. "Gynéco? C'est peut-être de l'argot à Aulnay", répond Mohamed Soumah. Reste cette aide apportée à la jeune femme pour trouver un taxi afin de, l'enquête le démontrera, conduire Abdelhamid Abaaoud de sa cachette à Aubervilliers au squat déniché par sa cousine. "C'est pas son quartier", avance encore "Mouss".

Reste surtout cette phrase d'Hasna Aït Boulahcen au jeune homme: "Aujourd'hui, ce que tu as fait, la vie de ma mère, tu es bon". Et cette réponse de Mohamed Soumah lui conseillant de ne pas trop dormir: "Tu as des trucs à faire, n'oublie pas." La jeune femme aurait pu apporter des éclaircissements.

La motivation de Jawad Bendaoud, elle, se trouve principalement dans l'argent qu'il va se faire avec cette location. Lui assure qu'Hasna Aït Boulahcen lui a dit qu'elle avait besoin de ce logement pour 3-4 jours. Seule la jeune femme pourrait confirmer. A l'heure où la France et l'Europe ne parlent que des attentats de Paris, celui qui a été surnommé "le logeur des terroristes" dit ne pas faire le lien. "Mohamed Soumah c’est pas quelqu'un qui est con au point de se mettre dans une histoire de Daesh pour 150 euros", plaide-t-il devant le tribunal.

Hasna Aït Boulahcen lui explique aussi que cet appartement est pour "son frère qui s’est pris la tête avec sa femme et sa mère veut pas le prendre chez elle". Quand il rencontre le trio au squat et que les hommes annoncent venir de Belgique, là encore il ne fait pas le rapprochement.

"Je ne veux pas te manquer de respect, je suis désolé pour ce qu’il s’est passé. Si ta sœur m’avait dit, je lui aurais pas trouvé de logement", lance Jawad Bendaoud, après avoir décrit Hasna Aït Boulahcen comme "une rebeu qui fume des Malboro light".

"Rien de certain dans ce qu'elle dit"

Le frère d'Hasna Aït Boulahcen, qui comparait libre, est poursuivi pour "non-dénonciation de crime terroriste". Il encourt jusqu'à cinq ans de prison. Youssef Aït Boulahcen, qui a changé de nom, s'est dédouané en chargeant sa sœur qu'il a eue à plusieurs reprises entre le 15 et le 17 novembre 2015, et notamment quand cette dernière se trouvait à proximité de la cache de son cousin, Abdelhamid Abaaoud. "Il n'y a rien de certain dans ce qu'elle dit, elle parle tantôt d'une cousine, tantôt d'un cousin, tantôt d'un réfugié, tantôt d'un ami d'un cousin...", va-t-il argumenter.

Youssef Aït Boulahcen parle aussi d'une personne "psychologiquement instable", et note ce "paradoxe" entre la jeune femme radicalisée, portant le voile et voulant se marier avec des jihadistes, et celle qui est décrite comme une grosse consommatrice de drogue et d'alcool. "Elle est à l’image d’une gazelle qui s’offre à des crocodiles. Elle est au bord de la rivière et dit 'croquez-moi!'", décrit son jeune frère. En revanche, quand elle lui dit: "Je l'ai vu, il veut ton numéro. Il va disparaître. Il va bientôt mourir à cause de son cancer" en parlant d'Abaaoud, Youssef dit ne pas se souvenir.

L'ancienne colocataire de Hasna Aït Boulahcen en est certaine, cette phrase fait référence au projet d'attentat à La Défense. Cette dernière aura, elle, le courage de dénoncer les terroristes aux autorités.

Justine Chevalier