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Procès de Valérie Bacot: elle n'avait d'autre "échappatoire" que de tuer son mari proxénète, selon des experts

Valérie Bacot, aux assises de Saône-et-Loire, le 21 juin 2021

Valérie Bacot, aux assises de Saône-et-Loire, le 21 juin 2021 - JEFF PACHOUD © 2019 AFP

L'expert psychiatre a évoqué le "syndrome de la femme battue", expliquant que Valérie Bacot, sous l'emprise de son mari violent, n'avait d'autre "possibilité que de détruire le sujet aliénant".

C'était une "marionnette dans les mains de son mari". Entendu au quatrième jour du procès de Valérie Bacot, l'expert psychiatre qui a examiné l'accusée après le meurtre de son mari violent a expliqué qu'elle n'avait "aucune échappatoire", invoquant le "syndrome de la femme battue".

"Soumise à l'emprise totalitaire de ce tyran domestique" qui l'a violée dès l'âge de 12-13 ans quand il était alors son beau-père, Valérie Bacot n'a eu d'autre "possibilité que de détruire le sujet aliénant", a déclaré devant la cour d'assises de Saône-et-Loire Denis Prieur, expert psychiatre.

Elle s'est "trouvée enfermée, emprisonnée dans l'emprise de son mari totalitaire". Une emprise "dominante" et surtout "permanente", a détaillé l'expert. Et de poursuivre: "Elle n'avait plus réellement de libre arbitre: elle avait peur car son mari était toujours dans sa tête. Elle était toujours terrorisée et restait avec les diktats de son mari. L'emprise était permanente, pas seulement quand il était présent."

De ce fait, Valérie Bacot "n'avait pas la possibilité du recours à la loi", a ajouté le Dr Prieur.

"Le règne de la terreur"

Mardi durant les débats, l'avocat général, Éric Jallet, avait considéré au contraire qu'il y avait "d'autres solutions que de tuer un homme", comme de porter plainte.

"Elle sait très bien ce qui va se passer" si elle le fait, a répondu ce jeudi Denis Prieur, rappelant les menaces de mort que Valérie Bacot a subies de son mari. "Il est tout le temps présent, même quand il n'est pas là", ce qui pousse Valérie Bacot dans une "impuissance acquise".

Porter plainte n'était "pas possible", renchérit Laurence François, psychologue qui a également rencontré à plusieurs reprises Valérie Bacot.

"Elle était surveillée en permanence (...) C'était le règne de la terreur", a-t-elle insisté, évoquant un "syndrome de Stockholm" où on "finit par tolérer et même s'attacher" à son bourreau. "C'est une peur gelée, une forme d'autodéfense pour ne pas s'effondrer", explique la psychologue.

"Compromis d'acceptation"

Évoquant le premier viol de Valérie Bacot par Daniel Polette, alors qu'elle n'était qu'une jeune adolescente, l'experte rappelle qu'elle s'était "débattue et avait eu mal: elle a donc compris que, si elle ne se débattait pas, elle aurait moins mal".

"C'est le syndrome victimaire: on trouve un compromis d'acceptation pour ne pas avoir encore pire", dit Laurence François.

Pour que Valérie Bacot tue son mari, il aura fallu "le déclic", selon Denis Prieur: il intervient quand sa fille Karline, à 14 ans, lui confesse que son père (Daniel Polette) lui demande comment elle est "sexuellement". Selon Laurence François, l'accusée s'est alors dit "qu'il allait s'attaquer à elle". "Cela a été un électrochoc", estime l'experte.

AL avec AFP