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Procès de la femme voilée de Trappes: la question du voile intégral occupera les débats

Le port du niqab dans la rue est interdit en France depuis une loi votée en 2011.

Le port du niqab dans la rue est interdit en France depuis une loi votée en 2011. - -

En juillet dernier, Cassandra rentrait avec son mari quand trois policiers se sont présentés devant l'épouse, vêtue d'un voile intégral, avant que le contrôle ne dégénère.

Le procès de la femme au niqab, au coeur d'un contrôle de police mouvementé de Trappes, en juillet dernier dans les Yvelines, va s'ouvrir mercredi à Versailles par l'examen de la première question prioritaire de constitutionnalité (QPC) déposée en France contre l'interdiction du voile intégral dans l'espace public.

Cassandra Belin, une jeune femme de 20 ans convertie à l'islam depuis ses 15 ans, sera absente à l'audience devant le tribunal correctionnel de Versailles. "Elle ne veut pas être perçue à tort comme le symbole d'une supposée islamisation rampante", justifie son avocat Me Philippe Bataille.

Le voile intégral, lui, sera omniprésent dans les débats.

Des "difficultés d'application" de la loi contre le port du voile intégral

Soutenu par le Collectif contre l'islamophobie en France, l'avocat a déposé devant ce tribunal une QPC contre la loi interdisant le port du voile intégral. "Une première", selon lui, contre cette "loi liberticide" en vigueur depuis avril 2011.

Le Conseil constitutionnel avait validé cette loi avant sa promulgation en octobre 2010, après trois ans de débats passionnés. Mais pour Me Bataille, cette QPC se justifie car "la loi n'a pas été soumise à l'épreuve des faits", soulignant "des difficultés d'application" dans certains quartiers.

Surtout, il estime que les Sages n'ont pas été appelés à se prononcer sur des atteintes à "la liberté de culte, la liberté d'aller et venir, la dignité humaine..."

Le mari condamné

Le soir du 18 juillet, en plein ramadan, Cassandra rentrait avec son mari de 21 ans, son bébé et sa mère pour rompre le jeûne chez cette dernière. Trois policiers se sont présentés pour contrôler l'épouse, qui porte un voile intégral. Mais les choses ont dégénéré lorsque la mère a voulu s'interposer entre le couple et les policiers.

Au lendemain de ce contrôle d'identité tendu, le commissariat de Trappes était pris d'assaut par une foule en colère réclamant la libération du mari, Michaël Khiri, en garde à vue. Il a été condamné à 3 mois de prison avec sursis, pour s'être violemment opposé à ce contrôle, qu'il avait jugé "illégitime".

Sur le contrôle, l'épouse, jugée pour outrage et port du voile intégral, admet avoir crié "Ferme ta gueule!", mais nie avoir lancé aux policiers "Allah va t'exterminer!'.

"Couvert d'un vernis religieux"

Entretemps, le parquet de Versailles a ouvert une information judiciaire contre un des trois policiers ayant participé au contrôle d'identité, pour "incitation à la haine et à la discrimination raciale". Le fonctionnaire avait notamment publié sur son compte Facebook une photo du groupe "Les femmes blanches sont les plus belles", dénigrant une femme en niqab.

Cet autre volet de l'affaire de Trappes montre, selon Me Bataille, qu'il y a "une forte suspicion sur les conditions du contrôle d'identité": "Cette loi mise entre les mains de certains policiers islamophobes est un permis de chasser les femmes intégralement voilées", avait-il lâché à la presse le 30 octobre, lorsque le procès avait été renvoyé pour des questions de procédure.

"Sous couvert d'un vernis religieux, un petit groupe de personnes radicales sont en train de tester nos institutions [...] et donner des coups de boutoir à notre République", avait martelé de son côté l'avocat des policiers, Me Thibault de Montbrial, à la sortie du tribunal.

S.A. avec AFP