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Procès de l'attaque de pompiers près d'Annecy: "On se dit qu'on va mourir"

Les vents ont soufflé fort en Bretagne.

Les vents ont soufflé fort en Bretagne. - DAMIEN MEYER / AFP

Deux des trois pompiers qui avaient été victimes d'une violente agression en 2015 près d'Annecy témoignent pour la première fois alors que le procès de leurs agresseurs s'est ouvert devant la cour d'assises. Ils sont poursuivis pour tentative de meurtre.

Deux des pompiers victimes d'une violente agression à Annecy en 2015 ont témoigné pour RTL alors que le procès de leurs trois agresseurs pour tentative de meurtre s'est ouvert vendredi devant les assises de Haute-Savoie. "On aurait dit une scène de guerre", assure Éric, le chef d'équipe des pompiers, qui se confie pour la première fois.

En juin 2015, un camion de pompiers était pris en chasse puis attaqué par trois hommes à Duingt, sur la rive gauche du lac d'Annecy, en Haute-Savoie. Le véhicule transportait vers l'hôpital un jeune homme lacéré au cutter. L'un des assaillants avait tiré sur le chef d'équipe, qui n'avait pas été touché. Le véhicule avait été incendié par les agresseurs.

"On n'est pas des cibles, on est là pour porter assistance"

Les trois assaillants avaient ensuite tenté de percuter les trois secouristes qui s'étaient réfugiés sur le bas-côté puis avaient pris la fuite. Éric s'était cassé le bras en se jetant dans le fossé afin d'éviter leur véhicule. Il se souvient avoir ressenti "quelque chose passer dans ses cheveux".

"Suite au tir de pistolet, j'ai donné l'ordre de quitter les lieux et de se mettre en sécurité. L'ambulance était en feu", raconte-t-il.

Lorsque les agresseurs sont revenus dans leur direction, "on voit sa vie défiler". "J'étais dos à la route. Mon collègue me crie qu'il voit la voiture tenter de nous écraser. Si mon collègue était pas là, à l'heure d'aujourd'hui je serais pas là." Il lui est aujourd'hui difficile d'exercer son métier.

"C'est très compliqué de vivre avec ça, je travaille pas comme avant. Jusqu'à quand on va laisser monter cette violence?" s'indigne-t-il. "Nous sommes là pour porter secours et non pas se faire tirer dessus. On n'est pas des cibles, on est que là pour porter assistance."

"Maintenant on se dit 'on va mourir et tant pis'"

Coralie, une autre secouriste qui était présente ce soir-là, assure à RTL que "c'était vraiment sorti d'un film d'horreur". "J'ai bien cru mourir", témoigne la sauveteuse qui a "encore du mal à réaliser". Des violences qui finissent par impacter leur manière de porter secours.

"On se méfie beaucoup. On se pose beaucoup de questions alors qu'avant on y allait sereinement en se disant que c'était notre boulot, mais maintenant on se dit 'on va mourir et tant pis faut protéger les gens'."

Les trois pompiers témoigneront ce mercredi devant la cour d'assises.

2280 agressions en 2016

Les agressions contre les pompiers ont augmenté d'un peu plus de 17% en un an entre 2015 et 2016. L'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales a enregistré quelque 2280 agressions. "C'est une tendance qui s'inscrit sur le long terme depuis 2008", analysait pour BFMTV Christophe Soullez, son responsable. 

Ces agressions surviennent en général dans deux contextes: quand les personnes prises en charge sont désorientées ou alcoolisées et deviennent violentes envers les pompiers, ou dans le cadre d'interventions qui se passent mal. "Dans certains quartiers difficiles les pompiers sont parfois assimilés aux symboles de l'État", souligne-t-il.

Gabriel Plus, porte-parole des sapeurs-pompiers de Paris, regrettait quant à lui pour BFMTV que l'uniforme devienne "un défouloir". "Le pompier de Paris devient parfois le défouloir de certains pour des raisons de détresse, de solitude, de conflit personnel." Dans la capitale et la petite couronne, où les attaques contre les pompiers ont augmenté de 10%, "il y a une agression tous les cinq jours, soit un peu plus d'une par semaine".

Céline Hussonnois-Alaya