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Pédophilie: l'affaire de "l'Ecole en bateau" aux assises

Capture d'écran de la page d'accueil toujours active de l'Ecole en bateau

Capture d'écran de la page d'accueil toujours active de l'Ecole en bateau - -

Plus de 18 ans ont passé depuis la première plainte déposée en 1994 contre Léonide Kameneff, cet ancien psychothérapeute pour enfants, à l'origine de l'aventure des voiliers-école.

Léonide Kameneff va être, à partir de mardi et jusqu'au 22 mars, le personnage central d'un procès qui a longtemps fait figure de mirage pour les parties civiles. A 76 ans, le fondateur de "L'Ecole en bateau" et trois anciens membres d'équipage comparaissent devant les assises des mineurs de Paris pour les viols de plusieurs enfants embarqués à bord de cette école alternative qui sillonnait les mers dans les années 80 et 90.

Plus de 18 ans ont passé depuis la première plainte déposée en 1994 contre cet ancien psychothérapeute pour enfants, à l'origine de l'aventure des voiliers-école.

En février 2012, l'Etat a été condamné pour le "déni de justice" qu'a représenté la longueur de la procédure.

Ces délais n'ont pas découragé les anciens élèves qui disent avoir été victimes d'abus sexuels lors des voyages. Une trentaine de jeunes ont ainsi dénoncé à la police les agissements de Léonide Kameneff et plusieurs animateurs. Certains faits étant prescrits, seules les constitutions de parties civiles de dix d'entre eux, aujourd'hui âgés de 33 à 46 ans, ont été retenues.

Un climat "libertin"

L'Ecole en bateau a accueilli plus de 400 garçons et 60 filles entre 1969 et 2002 à bord de trois navires dont le plus important, le "Karrek Ven", un thonier de plus de 20 mètres, emmenait au bout du monde, pour plusieurs années parfois, deux adultes et dix à douze jeunes.

L'association promettait, selon son site internet toujours actif, une "expérience émancipatrice", "une alternative à l'éducation et à l'enseignement de nos écoles", ouverte "à qui ose s'y risquer".

"Toute l'ambigüité de ce dossier est de démontrer qu'au milieu du rêve, il y avait des abus", analyse Me Eric Morain, avocat de neuf plaignants, pour lequel "l'emprise et la manipulation" de Léonide Kameneff sur les jeunes qu'il encadrait est au coeur du dossier.

Durant l'instruction, des parties civiles ont comparé la vie sur le bateau à celle d'une secte, évoquant un "cassage psychologique" visant à les couper de toute relation extérieure pour leur imposer les valeurs et les désirs des adultes à bord, des relations sexuelles et attouchements réguliers dans un climat "libertin".

"19 mois et demi" de détention provisoire

Leonide Kameneff dit "chercher à comprendre la raison de ces plaintes", émet l'hypothèse d'un "mal-être" des accusés. Il a reconnu une partie des faits lors de l'instruction, tout comme un autre accusé, mais affirme aujourd'hui avoir dit "ce qu'on attendait de lui" pour sortir de détention provisoire où il a passé "19 mois et demi".

Son avocat Me Yann Choucq annonce "une confrontation entre la parole des accusateurs et des personnes poursuivies", déplorant une instruction qui s'est bornée à des auditions de témoins à charge.

L'audience, soumise au principe de publicité restreinte en raison de la minorité pénale de cet accusé, pourrait être publique si la cour et les parties sont d'accord.