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Paris: un ancien élève d’une école jésuite accuse un prêtre de pédophilie

Un ancien élève d’un établissement jésuite parisien dit avoir été victime d’actes pédophiles dans les années 60. Après avoir recueilli d’autres témoignages, il réclame une enquête interne qui a été refusée.

Jean-Pierre Martin-Vallas a 70 ans mais n’a réussi à parler des faits qu’il y a quelques années. Cet ancien élève du prestigieux lycée Saint-Louis-de-Gonzague dans le 16e arrondissement de Paris dit avoir été victime d’actes de pédophilie par un prêtre de l’établissement dans les années 60. 

A l’âge de 8 ans, il aurait été victime d’attouchements lors d’une colonie. "Il s’est mis dans mon lit, il a commencé à me caresser le torse en passant ses mains sous ma veste de pyjama", a-t-il raconté à France Info.

"Quand c'est revenu, c'était après la mort de mes parents"

C’est seulement plusieurs décennies plus tard qu'il parvient à prendre la parole.

"Au bout de 40 ans, quand c'est revenu, c'était après la mort de mes parents. Ce qui était très significatif puisque la raison pour laquelle j'ai "zappé", c'est que je savais que je ne pouvais pas en parler à mes parents. Parce que si je leur en parlais, ils me traitaient de menteur", explique Jean-Pierre Martin-Vallas à BFMTV.

Dans la communauté, le prêtre est influent. "Ce prêtre avait une aura terrible. Il était très charismatique. C'était le prêtre du petit collège, l'aumônier du petit collège. Mes parents étaient amis avec lui, il était venu manger à la maison, donc je ne pouvais pas", poursuit-il. Lorsqu'il retrouve la parole, il décide de contacter des anciens élèves et parvient à recueillir une dizaine de témoignages similaires.

Il écrit alors à l’école ainsi qu’à l’organe des représentants des jésuites pour réclamer une enquête interne. Mais il se heurte à un refus: le délai de prescription est largement éteint, le prêtre mis en cause est décédé et reparler de ces faits pourraient "perturber" les éventuelles victimes après plusieurs décennies.

"Je n'ai pas su trouver la réponse"

La victime du prêtre décide alors de s’adresser au Vatican en 2014, mais seul un groupe de parole est mis en place. Après plusieurs scandales de pédophilie dans l'Eglise ces dernières semaines, les représentants jésuites semblent avoir davantage pris la mesure de l'affaire. Lors d'une conférence de presse mardi, le père Jean-Yves Grenet, chef des Jésuites de France est revenu sur sa décision de ne pas avoir lancé d'enquête en 2010. 

"Je regrette ce choix qui pour moi a été le fait d'un malaise devant l'ancienneté des faits et le décès de l'auteur (...). Je n'ai pas su trouver la réponse qui permettait à Monsieur Martin-Vallas d'aller jusqu'au bout de la guérison intérieure", a-t-il dit.

Le chef des Jésuites a également partagé un "deuxième regret" à l'attention des autres victimes. Il a reconnu être resté "dans une attitude d'attente", pensant que les victimes contactées se manifesteraient d'elles-même. "Il est vrai qu'aujourd'hui je prends davantage conscience qu'une invitation claire de ma part pourrait aider des victimes à accéder à la parole, et cela je ne l'ai pas fait", a-t-il reconnu. 

C. B avec Camille Michelland