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Nevers: le "dentiste de l'horreur" face aux juges

Le procès du Néerlandais débute ce mardi au tribunal correctionnel de Nevers. Après s'être fait passer pour un dentiste, il avait mutilé de nombreux patients.

Belle plaque en cuivre, cabinet moderne. Lui, carrure de rugbyman, est décrit comme avenant. Sa femme opère comme prothésiste. Le cabinet du docteur Jacobus Marinus Van Nierop avait tout pour séduire les habitants de Château-Chinon, dans la Nièvre. Hormis les soins prodigués. Le praticien, un Néerlandais, est jugé à partir de ce mardi, et pendant dix jours, par le tribunal correctionnel de Nevers pour mutilations, violences sur personnes vulnérables, escroqueries et faux en écriture. 

La belle histoire des habitants de ce désert médical débute en 2008. A cette époque, Jacobus Marinus Van Nierop s'installe, après avoir été recruté par un chasseur de têtes, dans cette petite commune d'à peine 2.000 habitants. Pour eux, finis les 20 kilomètres pour consulter un dentiste. Le praticien établit sa résidence à 25 kilomètres, engage de gros travaux dans cette maison bourgeoise, avec notamment la construction d'une piscine intérieure et d'une cave à vin. 

"Un gourou"

Un mode de vie luxueux qui va cacher des pratiques dentaires au mieux médiocres. Dès mars 2011, l'Ordre des chirurgiens-dentistes dépose plainte contre le Néerlandais pour "pratiques illégales". L'institution avait découvert que son épouse exerçait sans diplôme. Puis les plaintes de patients s'accumulent. Un "collectif dentaire" se constitue autour de Nicole Martin. Cette patiente, une retraité de l'enseignement, parle aujourd'hui de "l'entrée dans un système, presque un gourou".

"Toutes les fois, il nous faisait ce qu'il appelait 'une petit piqûre' et on était endormi, lessivé, on avait la moitié de la figure endormie pendant cinq ou six heures et quand on sortait, on trouvait un post-it pour un rendez-vous le lendemain ou le surlendemain", raconte celle qui a eu des "dents saines dévitalisées, des dents arrachées à cause d'abcès" et s'est vu poser une couronne "trop petite".

Sous prétexte de mettre à jour sa carte Vitale, le Néerlandais en profita même pour réclamer 1.400 euros de soins à sa mutuelle, s'étrangle-t-elle. Surtout, la facturation de "quinze soins" en une seule visite sème le "doute" chez Nicole Martin qui apprend par une assistante dentaire qu'elle n'est pas seule dans son cas. Au total, 120 victimes, qui ont dû se soumettre à un test de dépistage de l'hépatite C et du VIH, se sont signalées auprès du collectif, conseillé par Me Charles Joseph-Oudin.

Fuite vers le Canada

Face à la multiplication des plaintes, fin juillet 2012, les habitants trouvent porte close au cabinet du dentiste indélicat: ce dernier prétexte avoir le bras paralysé. Après l'ouverture d'une enquête, Jacobus Marinus Van Nierop est mis en examen et placé sous contrôle judiciaire le 7 juin 2013. Le 26 décembre 2013, sa compagne signale sa disparition et un mandat d'arrêt international est délivré à son encontre.

L'homme a pris la fuite au Canada, où il est interpellé en septembre 2014, et tente alors de mettre fin à ses jours. Extradé vers les Pays-Bas, Jacobus Marinus Van Nierop, 51 ans aujourd'hui, "a dit avoir tué sa première femme, il a joué la folie, il a dit être transsexuel... Il a joué le tout pour le tout" pour ne pas être renvoyé en France, où il encourt dix ans de prison et 150.000 euros d'amende, souligne Nicole Martin.

Les indemnisations en suspens

Selon la cour d'appel de Bourges, la demande d'entraide judiciaire adressée aux Pays-Bas a révélé que Jacobus Van Nierop y avait fait l'objet de sanctions disciplinaires après des plaintes. Pour Me Joseph-Oudin, le procès doit permettre de "comprendre comment on en est arrivé à de tels comportements", les explications du Néerlandais étant "inexistantes ou farfelues".

Une autre épreuve attend les victimes du dentiste. Leur indemnisation reste, elle, un "problème" selon l'avocat, le dentiste étant insolvable et son assurance ayant annulé son contrat. Sur ce point, un arrêt de la cour d'appel de Bourges est attendu mi-mars. "Il faut surtout que ce procès serve d'exemple pour que plus jamais on n'installe quelqu'un, en ville ou à la campagne, sans vérifier en amont ses compétences", espère la retraitée.

J.C. avec AFP