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« Mur des cons » : un juge peut-il être militant?

Pour le syndicat mis en cause, il s'agit d'une "blague de potaches", mais l'opposition dénonce une "violation du serment des magistrats".

Pour le syndicat mis en cause, il s'agit d'une "blague de potaches", mais l'opposition dénonce une "violation du serment des magistrats". - -

Le « mur des cons », avec les photos de nombreuses personnalités de droite épinglées dans le local d’un syndicat de magistrats, est un « scandale absolu » pour l’opposition, qui appelle à la neutralité des juges. Impossible, répondent pourtant certains magistrats.

Peut-on être à la fois magistrat et engagé ? Depuis la révélation du « mur des cons », la question agite la sphère politique. Nicolas Sarkozy, Eric Woerth, les portraits de Nadine Morano, Michèle Alliot-Marie, Patrick Balkany ou encore Brice Hortefeux orné d'un autocollant du Front national, égayent en effet le mur d’un local du Syndicat de la magistrature, classé à gauche, sous le titre « mur des cons », a révélé mercredi le site Atlantico. L'opposition dénonce un « scandale absolu », et demande au gouvernement de réagir, alors que le chef de file des députés UMP Christian Jacob a écrit à François Hollande. Il lui demande une saisine du Conseil supérieur de la Magistrature sur ce qui constitue à ses yeux « une injure publique, une menace et vraisemblablement une violation du serment des magistrats ».
Pour la présidente du syndicat, Françoise Martres, il ne s’agit pourtant que d’un « défouloir », et « l'action publique du syndicat n'est pas assimilable à ces blagues internes de potaches », assure le syndicat. Mais l'Union syndicale des Magistrats (USM), majoritaire, s'est dite inquiète. « Ce n'est pas le moment de donner du grain à moudre à ceux qui veulent discréditer la justice » a dit sa secrétaire générale Virginie Duval.

« Un métier éminemment politique »

Pour Hélène Franco, magistrate membre du syndicat de la magistrature, il n’y a rien d’étonnant à ce qu’un juge puisse avoir des convictions politiques, et les exprime d’une façon ou d’une autre. « Rien dans notre statut ne nous l’interdit », rappelle la magistrate. « Nous faisons un métier éminemment politique, car chacune de nos décisions dit quelque chose de notre conception de la société, de la responsabilité de l’individu dans la société, de la responsabilité de la société par rapport à l’individu, tout ça est éminemment politique ».

« Un métier pas tout à fait comme les autres »

Pourtant, « les magistrats exercent un métier qui n’est pas tout à fait comme les autres », estime Alexandra Onfray, procureur au TGI de Paris et présidente fondatrice du syndicat Magistrats pour la Justice. « Il y a une exigence déontologique qui est celle d’une obligation de délicatesse, de modération dans l’expression des convictions. On attend de lui qu’il soit capable de montrer qu’il est suffisamment raisonné, raisonnable, pour qu’on ne laisse pas penser à un justiciable qu’il sera traité différemment suivant ses propres convictions politiques. Et ça, c’est essentiel à défendre ».

Mathias Chaillot avec Antoine Perrin