BFMTV

MH370: pourquoi la justice française est-elle aussi frileuse?

Le procureur-adjoint de la République Serge Mackowiak s'est montré plus prudent que le Premier ministre malaisien.

Le procureur-adjoint de la République Serge Mackowiak s'est montré plus prudent que le Premier ministre malaisien. - Jacques Demarthon - AFP

Alors que le Premier ministre malaisien s'est montré catégorique en affirmant dans la nuit de mercredi à jeudi que la pièce retrouvée à la Réunion appartenait bien au MH370 porté disparu depuis le 8 mars 2014, la justice française s'est bornée à évoquer de "très fortes présomptions".

Quelques heures d'analyse dans un laboratoire militaire près de Toulouse auront suffi pour que le Premier ministre malaisien apporte la confirmation que tous attendaient: le flaperon charrié par la mer a dérivé sur plusieurs milliers de kilomètres depuis l'endroit de l'océan Indien où le Boeing 777 du vol MH370 s'est abîmé, a expliqué à la presse Najib Razak dans la nuit de mercredi à jeudi, depuis Kuala Lumpur.

"Aujourd'hui, 515 jours après la disparition de l'avion, c'est le cœur lourd que je dois vous annoncer qu'une équipe internationale d'experts a conclu que le débris trouvé sur l'île de la Réunion provient effectivement du vol MH370", a-t-il lâché.

"Très fortes présomptions" pour le parquet

Mais quelques minutes après le Premier ministre malaisien, le procureur-adjoint de la République Serge Mackowiak, à Paris, s'est montré plus prudent dans une déclaration à la presse: "Au vu des constatations effectuées par l'expert, nous pouvons dire qu'il existe de très fortes présomptions pour dire que le flaperon retrouvé sur une plage de l'île de la Réunion le 29 juillet 2015 appartient bien au Boeing 777 du vol MH370 de la compagnie Malaysia Airlines", dont la trace s'était perdue au-dessus de l'océan Indien après avoir bifurqué de son plan de vol Kuala Lumpur-Pékin.

"Ces très fortes présomptions seront à confirmer par des analyses complémentaires qui débuteront" jeudi, a-t-il ajouté, sans préciser leur durée.

Les familles veulent des éléments tangibles

Pourquoi tante de prudence? "Les expertises continuent pour avoir l'absolue certitude qu'il s'agit bien du MH370, via notamment l'analyse de fragments de peinture puisque le numéro de série est incomplet sur le débris", estime le spécialiste police-justice de BFMTV, Dominique Rizet.

La justice française entend également prouver aux familles qu'elle fait son travail consciencieusement et en toute indépendance. Elles attendent depuis 17 mois des éléments tangibles. Et les déclarations du Premier ministre malaisien n'on visiblement pas apaisé leur colère.

"Les familles ont besoin de savoir la vérité" pour faire leur deuil, indiquait à BFMTV mercredi Hélène Romano, spécialiste du psychotraumatisme. "Elles doivent être informées au plus vite, si possible avant la presse. C’est une question de respect", ajoutait l’experte.

Depuis la disparition de l’avion, nombre de familles chinoises n’ont eu de cesse de soutenir que leurs proches étaient vivants et peut-être retenus quelque part, en dépit des éléments laissant croire à un accident.

K. L.