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Meurtre d'Eva Bourseau: drogues puissantes et problèmes financiers au coeur du procès

Le procès doit durer deux semaines. Verdict attendu le 21 décembre.

Le procès doit durer deux semaines. Verdict attendu le 21 décembre. - Guillaume Souvant - AFP

Trois ans après le meurtre de l'étudiante toulousaine, le procès Eva Bourseau s'est ouvert lundi, à la cour d'assises de Haute-Garonne. La première journée d'audience était consacrée à la personnalité des accusés, deux jeunes hommes tombés dans la drogue.

Comment deux étudiants brillants ont-ils pu sombrer, en quelques mois, dans la drogue puis l'horreur? Cette question, la cour d’assises de Haute-Garonne tentera d’y répondre à l'issue du procès qui s’est ouvert lundi. Sur le banc des accusés, Taha Mrani Alaoui, 25 ans, et Zakariya Banouni, 22 ans, accusés du meurtre d’Eva Bourseau, une jeune femme de 23 ans, retrouvée morte dans son appartement toulousain, le 3 août 2015.

Consommatrice d’ecstasy, de MDMA ou encore d’atropine, l’étudiante toulousaine a rencontré le tandem par l’intermédiaire de son dealer. Zakariya, promis à un brillant avenir, a obtenu son bac S mention bien et intégré la prépa maths spé dans un établissement toulousain très sélectif. Mais en quelques semaines, il décroche et atterri à la fac de maths. Il rencontre alors Taha, fils d’une chimiste et d’un journaliste, vexé d’avoir échoué au concours de Polytechnique.

Faire disparaître le corps

A l’été 2015, les deux garçons sont financièrement aux abois. Il leur vient alors l’idée de cambrioler l’appartement d’Eva Bourseau pour se rembourser une dette contractée par la jeune femme. Mais le soir où ils projettent de passer à l’acte, Eva est chez elle. Le larcin s’en trouve désamorcé. Taha et Zackariya passent finalement la soirée chez Eva, à consommer des drogues, notamment de l’atropine. Quand la fête prend fin, ils s’en vont et l’idée du cambriolage resurgit: ils veulent savoir où Eva cache ses stocks de drogue et d’argent.

Une fois armés, ils retournent à l’appartement et frappent la jeune fille à coups de poing américain. Le coup fatal lui est porté par un pied de biche. Butin: 1000 euros, 10 grammes de MDMA, une centaine de cachets d’ecstasy. Et un cadavre embarrassant sur les bras. Taha se souvient alors d’une scène de la série américaine "Breaking bad" où les héros dissolvent un corps dans de l’acide.

Le lendemain matin, après avoir acheté plusieurs litres d’acide chlorhydrique, le tandem place le corps d’Eva Bourseau dans une malle en plastique qu’ils remplissent de solution chimique. Chaque jour, pendant près d’une semaine, ils reviennent vérifier que la chaire se dissout, jusqu’à ce que la mère de la jeune femme s’inquiète d’être sans nouvelle de sa fille et alerte les secours. Les pompiers découvrent le corps en état de décomposition avancée, le 3 août 2015.

Pied de biche

Deux jours plus tard, Taha Mrani Alaoui se présente au commissariat et indique aux enquêteurs qu’il connaît l’auteur du meurtre et qu’il l’a aidé à dissimuler son crime. Les auditions des deux hommes se succèdent. Ils reconnaissent les faits mais divergent sur leurs responsabilités respectives. Chacun assure qu’au moment des faits, ils étaient "en dehors de toute réalité, sous l’effet de produits stupéfiants", indique 20 Minutes.

Ce n’est que 15 mois après la découverte du corps d’Eva Bourseau que les enquêteurs parviennent à faire la lumière sur ce qui s’est passé, cette nuit du 26 juillet 2015. Lors d’une reconstitution organisée dans l’appartement de la jeune femme en octobre 2016, Taha Mrani Alaoui reconnaît pour la première fois avoir porté le coup fatal à l’aide d’un pied de biche. "Des blessures au niveau de la tête ont été constatées médicalement comme émanant d'un coup de pied de biche et mon client reconnaît qu'il a porté un coup à la tête", avait alors précisé son avocat, Maître Pierre Alfort, au micro de France 3 Midi-Pyrénées.

Consommation "boulimique" de drogues

Lundi, leur procès s’est ouvert sur l’analyse de leur personnalité. Il semble qu’au moment des faits, le tandem vivait une période de doutes que la psychologue à la barre qualifie de "dépression", rapporte France bleu Occitanie. L’experte décèle des "personnalités narcissiques" dont le discernement était altéré par la prise massive de drogue.

"Ces personnes deviennent égocentrées, elles n'ont d'empathie que pour elles-mêmes. Leur consommation de drogue était boulimique, comme pour combler une faille narcissique qui s'était creusée après leur échec scolaire."

Le verdict du procès est attendu le 21 décembre. Durant ces deux semaines, plusieurs témoins et experts se succéderont à la barre pour permettre à la cour d’assises de rendre son jugement. Les deux accusés risquent la réclusion criminelle à perpétuité.

Ambre Lepoivre