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Meurtre d'Aurélie Fouquet: au procès, sa mère espère connaître enfin "le nom de l'assassin"

Le 20 mai 2010, Aurélie Fouquet, jeune policière municipale, a trouvé la mort à bord d'un véhicule qui pourchassait un fourgon dans lequel se trouvaient des hommes suspectés de braquage. Neuf hommes dont, le braqueur Redoine Faïd, sont jugés à partir de ce mardi devant la cour d'assises de Paris.

Un petit garçon qui "peut être fier de sa maman". Les mots de Bernard Cazeneuve prononcés l'an dernier sur les lieux du drame à Villiers-sur-Marne à l'attention d'un petit garçon de six ans montre l'émotion encore palpable six ans après les faits. En 2010, Aurélie Fouquet, un policière municipale de 26 ans et jeune mère de famille, trouvait la mort au terme d'une course-poursuite sanglante. A partir de ce mardi, neuf personnes, dont le médiatique Redoine Faïd, sont jugés par la cour d'assises de Paris pour ces faits.

"Ce que j'espère, c'est avoir le nom de l'assassin de ma fille. C'est capital pour nous, pour son petit, pour toute la famille. On y pense chaque jour, on ne peut pas l'oublier. On vient aujourd'hui pour avoir des réponses", a confié sa mère à BFMTV en entrant dans le tribunal, mardi.

Chasse à l'homme

Le drame remonte au 20 mai 2010. Ce jeudi-là, Aurélie Fouquet et son co-équipier, Thierry Moreau, circulent à bord de leur véhicule. A quelques kilomètres, une fourgonnette est prise en chasse par un autre véhicule de police. A l'intérieur, des hommes soupçonnés d'avoir voulu braquer un fourgon blindé. Les fuyards se dirigent vers l'autoroute A4, toujours pourchassés par les forces de l'ordre. Au travers d'une circulation dense, des tirs fusent, "pour tuer du flic", comme certains l'avoueront, blessant des automobilistes. L'alerte est lancée: tous les policiers sont appelés en renfort.

Aurélie Fouquet et son collègue vont se positionner aux abords d'un rond-point dans une zone industrielle à Villiers-sur-Marne, dans le Val-de-Marne, pour surveiller cet accès. Arrivé à cet endroit, le commando de braqueurs abandonne le véhicule, l'incendie et en braque un autre. C'est à ce moment que le véhicule de police croise la route des malfrats. Face aux tirs de kalachnikov de ces hommes armés, cagoulés et munis de gilets pare-balle, les deux policiers ne peuvent rien. La jeune policière, blessée à la tête, décédera quelques heures plus tard, son co-équipier Thierry Moreau est atteint au thorax. Dans le dossier, on parle d'une "véritable exécution".

Une chasse à l'homme va alors être engagée pour rattraper les braqueurs. Dans la soirée de ce tragique 10 mai 2010, un premier suspect, Malek Khider, est interpellé. En sa possession, les policiers retrouvent pistolets-mitrailleurs, grenades, chargeurs, cagoules. Sur ces objets, des profils ADN sont identifiés permettant l'interpellation d'autres braqueurs présumés. Lors des auditions, "la loi du silence" régnera. Le 28 juin 2010, les forces de l'ordre cueillent Redoine Faïd.

Drame national

Déjà connu par la justice, celui qui assure être un "braqueur repenti" depuis 2009 et sa remise en liberté conditionnelle, est arrêté alors qu'il déjeunait sur la terrasse d'un restaurant à Lille. Il était sur le point de commettre un nouveau braquage dans le Nord. Si les juges ne pensent pas que Redoine Faïd soit impliqué dans le meurtre d'Aurélie Fouquet, il est considéré comme le "cerveau" du braquage avorté en région parisienne. "C'est lui qui menait la danse. Le jour de la fusillade, il devait attendre le reste de la bande dans un autre véhicule près du lieu initial où était prévu le coup. Mais le plan ne s'est pas passé comme prévu", explique à Metronews une source policière.

Le procès de ces neuf hommes, qui doit durer 33 jours, est particulièrement attendu, d'autant que Redoine Faïd a été un temps l'homme le plus recherché de France après s'être évadé de prison en 2013. A l'époque des faits, le drame avait eu un retentissement national et politique. Nicolas Sarkozy, alors président de la République, était venu assister aux obsèques de la jeune policière. Parallèlement, les policiers municipaux avaient défilé pour réclamer des moyens supplémentaires. A cette époque, la famille d'Aurélie Fouquet s'était plainte de cette médiatisation, exprimant son impression qu'on lui "volait son deuil". 

"Connaître la vérité"

Trois hommes sont accusés du meurtre d'Aurélie Fouquet: Daouda Baba, Rabia Hideur et Olivier Tracoulat, qui sera jugé en son absence. Tous risquent la réclusion criminelle à perpétuité. Les six autres, pour certains des récidivistes, comparaissent pour une longue liste de crimes et délits, allant de l'association de malfaiteurs à la détention illégale d'armes.

"J'espèrent qu'ils parleront", poursuit la mère de la policière. "J’espère que ces individus auront un peu conscience du calvaire qu’est notre vie aujourd’hui", témoigne-t-elle, expliquant vouloir comprendre leur geste. Surtout pour aider le petit garçon d'Aurélie Fouquet à "faire son deuil". "Ce petit garçon est dans le chagrin en permanence (...) En grandissant, il pose beaucoup de questions, il a besoin plus que tout de connaître la vérité."

Justine Chevalier