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Meurtre d'Alexia: comment Jonathann Daval a forgé son alibi

INFO BFMTV - Jonathann et Alexia se seraient disputés juste avant le crime. Selon ses déclarations face aux enquêteurs, le jeune homme aurait tenté de maîtriser physiquement son épouse, aurait "perdu le contrôle" avant de l'étrangler. Il a ensuite pris soin de se construire un alibi.

La chronologie du crime se précise. Alors que Jonathann Daval a reconnu mardi avoir tué son épouse fin octobre, il nie avoir brûlé son corps. Durant les interrogatoires, deux analystes criminels orientaient les questions des enquêteurs. BFMTV.com fait le point sur la nuit du crime et retrace heure par heures les aveux de Jonathann Daval.

Avant le crime

Les enquêteurs ont analysé le téléphone d'Alexia Daval. Il y ont trouvé des échanges de textos témoignant d'une certaine violence verbale envers son mari. Dans ses SMS, Alexia adresse notamment de vifs reproches à Jonathann sur leurs difficultés à avoir une enfant. Ces échanges remontent à plusieurs semaines avant le crime. 

Au moment de la disparition de la jeune femme, le téléphone de Jonathann Daval a été parcouru par les enquêteurs sans toutefois être saisi. Ils n'y ont pas relevé d'éléments pertinents. L'appareil est à présent dans les mains des enquêteurs et va être analysé.

La chronologie du crime

  • > La nuit de vendredi à samedi

Selon sa version des faits, une dispute éclate après un dîner chez les parents d'Alexia Daval vendredi soir. Selon Jonathann Daval: ils en seraient venus aux mains. Il aurait tenté de maîtriser Alexia physiquement, aurait "perdu le contrôle" et l'aurait ensuite étranglée, selon son propre récit. La jeune femme s'est débattue jusqu'à en avoir les ongles retournés et lui laisser sur les bras et les mains des traces de griffures et de morsures.

Selon ce qu'il raconte aux enquêteurs, Jonathann Daval aurait été "désemparé" face au corps. C'est Alexia qui se serait elle-même changée pour se mettre à l'aise en rentrant chez eux. Elle aurait mis un short et un sweat-shirt. Mais il lui aurait enfilé ses chaussures de course post-mortem.

À 1h30, Jonathann Daval raconte qu'il a démarré son véhicule d'entreprise. La voiture est alors garée dehors, sur le perron. Il la rentre à l'intérieur du garage, ce qui a été vérifié par un enquêteur grâce au témoignage d'un voisin et à une balise présente dans la voiture. Il aurait ensuite placé le corps de son épouse dans le coffre et l'aurait recouvert d'un drap venant de la maison. 

> Samedi matin

Vers 8 heures, Jonathann Daval démarre son véhicule de fonction et roule avec le corps de son épouse dans le coffre, sans idée précise, déclare-t-il lors de ses aveux. Il se retrouve à la forêt d'Esmoulins et y laisse le corps. Un élément qui a été recoupé par les enquêteurs. La voiture, dotée d'un système de géolocalisation, a borné là-bas à ce moment précis.

Il envoie ensuite un texto depuis le téléphone d'Alexia aux parents de la jeune femme. En se faisant passer pour elle, il leur écrit qu'elle va faire un footing et qu'elle fera peut-être un crochet par chez eux. Les enquêteurs sont convaincus qu'il s'est alors forgé un alibi: il va voir sa mère, puis passe sur son lieu de travail et rend ensuite visite à ses beaux-parents. 

Un élément met très vite la puce à l'oreille des enquêteurs: très tôt, Jonathann Daval s'inquiète de ne pas voir revenir son épouse, soit à peine une demi-heure après qu'elle est censée être partie faire son footing. Il en parle notamment à sa mère, en lui disant qu'il commence à s'inquiéter. Il envoie également plusieurs messages de son téléphone à celui d'Alexia, en lui disant qu'il s'inquiète, lui demandant si elle est rentrée et de lui répondre.

Les aveux

  • Jonathann est entendu à cinq reprises pendant sa garde à vue. Les enquêteurs lui demandent d'abord de revenir sur son emploi du temps du samedi matin. Ses propos sont cohérents. 

Puis, au fur et à mesure, les enquêteurs égrènent des points de contradictions: des horaires imprécis, le témoignage du voisin, la géolocalisation qui atteste que la voiture a bougé à 1h30 et qu'elle a borné dans la zone de la forêt d'Esmoulins dans la matinée, mais aussi les traces de pneu de sa voiture à cet endroit.

Jonathann Daval assure ne pas comprendre et nie en bloc. À la fin de la quatrième audition, il part s'entretenir avec ses avocats. Ces derniers lui disent que s'il doit parler, c'est maintenant.

Commence alors la cinquième audition. Jonathann Daval entre en pleurant. Il avoue que les blessures qu'il a eues (bleus, griffures) remontent au vendredi soir et non au vendredi matin, comme il l'avait pourtant déclaré lors de sa première audition en tant que témoin.

Puis il avoue tout. Il est alors face à deux enquêteurs, il est 17h15. Mais il maintient qu'il n'a rien à voir avec l'incinération du corps. Jonathann Daval a été mis sur écoute deux jours après la découverte du corps.

La suite de l'enquête

Les enquêteurs cherchent à savoir quelle est sa part de responsabilité dans la combustion du corps afin d'écarter toute piste de complicité, qui n'est pas à l'ordre du jour.

Les enquêteurs attendent également les résultats des analyses du matériel informatique et du drap qui ont été saisis lors de la perquisition. Pour le matériel informatique, ils pourront notamment en savoir plus sur la préméditation ou non grâce à l'historique des navigateurs.

Douze enquêteurs ont travaillé à temps plein sur le dossier, ainsi que deux analystes criminels. Ces derniers se trouvaient dans une autre salle pendant la garde à vue et ont orienté les questions des deux enquêteurs lors des interrogatoires. Jonathann Daval est actuellement incarcéré à Dijon. Mis en examen pour "meurtre sur conjoint", il risque la réclusion à perpétuité.

Rym Bey avec Céline Hussonnois-Alaya