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Mensonge et fraude fiscale: le procès de Jérôme Cahuzac reprend

L'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac est arrivé en début d'après-midi lundi. Il est jugé pour fraude fiscale et blanchiment. Il encourt jusqu'à sept ans de prison et un million d'euros d'amende.

C'est ce lundi s'ouvre le procès de l'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac, poursuivi pour fraude fiscale et blanchiment pour son compte caché à l'étranger. Sont également jugés son épouse, la banque genevoise Reyl, son patron François Reyl et un conseiller financier.

Comme lors de la première audience en février, Jérôme Cahuzac a été accueilli par une horde de caméras. Entouré de gendarmes, l'ancien ministre du Budget est entré dans la salle sans faire de déclarations. Près de quatre ans après avoir déclenché le plus retentissant scandale du quinquennat de François Hollande, il devrait être face aux juges jusqu'au 15 septembre.

Dans un costume sombre, Jérôme Cahuzac s'est présenté aux juges de manières très solennelle. Il a écouté les faits qui lui sont reprochés avant de retourner s'asseoir à un siège d'écart de son ex-épouse, Patricia, qui comparaît elle-aussi pour "fraude fiscale". A son tour, elle s'est levée pour écouter les juges. Un moment qui a semblé particulièrement pénible pour celle qui partageait la vie de l'ancien ministre. Fermant les yeux à plusieurs reprises, elle semblait très crispée.

Pourfendeur de la fraude fiscale

Il a eu un répit de quelques mois, le temps d'examiner une requête de la défense. Le procès, débuté en février, avait été interrompu pour trancher des questions constitutionnelles posées par la défense de l'ex-ministre, qui a été déboutée, sur le cumul de poursuites pénales et de sanctions fiscales.

Energique pourfendeur de la fraude fiscale, Jérôme Cahuzac, 64 ans, a menti au fisc, au parlement, au président, "les yeux dans les yeux". Pendant des mois, il a nié l'existence d'un compte dissimulé à l'étranger et a "minoré" sa déclaration de patrimoine en entrant au gouvernement en 2012. Sa démission en mars 2013 puis ses aveux en avril ont fait tanguer le gouvernement.

"Pinocchio de Bercy"

Il s'est dit "dévasté par le remords", semblant à peine réaliser l'écho que prenait l'affaire dans le monde politico-judiciaire: la création d'un parquet national financier, d'une Haute autorité pour la transparence de la vie publique, jusqu'à la publication des déclarations d'intérêts pour tous les parlementaires.

L'ancien ministre ne sera pas seul sous les feux de la justice: à ses côtés, son ex-épouse Patricia Ménard et leurs conseillers, le banquier suisse François Reyl et l'ex-avocat Philippe Houman. Ils risquent une peine allant jusqu'à sept ans de prison et un million d'euros d'amende. La discrète banque genevoise Reyl comparaît aussi, comme personne morale.

A l'ouverture du procès en février, "le Pinocchio de Bercy" s'était présenté comme simple "retraité", après s'être frayé un chemin à travers une foule de journalistes, sous les quolibets de badauds venus le traiter de "menteur".

Les Cahuzac avaient tenté d'échapper aux poursuites pour fraude fiscale, dénonçant une "double peine" alors qu'ils avaient déjà accepté un redressement fiscal majoré de 2,3 millions d'euros.

L'audience avait été suspendue, le temps pour le Conseil constitutionnel de trancher. En juin, les "Sages" ont estimé qu'en fonction du "montant de la fraude, de la nature des agissements de la personne ou des circonstances", il était justifié de traîner les fraudeurs devant les tribunaux tout en leur infligeant de lourds redressements.

Fraude fiscale "obstinée", "sophistiquée" et "familiale"

L'affaire débute en décembre 2012, quand le site d'information Mediapart révèle l'existence d'un compte caché de Jérôme Cahuzac, d'abord en Suisse puis à Singapour. Le parquet ouvre une enquête le mois suivant. L'enquête fait apparaître les mécanismes d'une fraude fiscale "obstinée", "sophistiquée" et "familiale".

A l'origine de cette entreprise, Jérôme Cahuzac, chirurgien de formation, et sa femme dermatologue Patricia Ménard qui ont tenu ensemble une florissante clinique spécialisée dans les implants capillaires avant de se séparer. Au début des années 90, l'argent coule à flot, entre les règlements des riches patients de la clinique et les lucratives activités de conseil de Jérôme Cahuzac qui, après un passage au cabinet du ministre de la Santé Claude Evin, propose son expertise à des laboratoires pharmaceutiques.

Nom de code "Birdie"

Un premier compte est ouvert par un "ami" en 1992 à UBS, puis un autre au nom de Cahuzac lui-même l'année suivante. En 1998, tous les avoirs sont transférés chez Reyl. Quand le secret bancaire suisse commence à se fissurer en 2009, les 600.000 euros que détient Jérôme Cahuzac prennent la route de Singapour, en faisant un détour par une société-écran panaméenne puis une autre aux Seychelles, un montage réalisé avec l'aide d'un intermédiaire basé à Dubaï.

Pour le client, rien n'avait changé: il appelait toujours sa banque à Genève, donnait son nom de code, "Birdie", et pouvait se faire livrer des espèces, dans la rue, à Paris.

Patricia Cahuzac a choisi l'île de Man pour déposer des chèques de clients anglais, avant d'ouvrir son propre compte en Suisse, sur fond de brouille avec son époux. Même les comptes de la mère de l'ex-ministre serviront à "blanchir" les chèques de clients de la clinique. L'argent a offert des vacances somptuaires à l'Ile Maurice ou des appartements aux enfants à Londres. Une fois le scandale passé, les biens revendus et les avoirs rapatriés, reste l'épreuve du procès.

la rédaction avec AFP