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Les "reclus de Montflanquin" ne récupéreront pas leur château familial

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La cour d'appel d'Agen a rendu son verdict. Les Védrines, une famille de notables du sud-ouest, avaient vendu leur propriété alors qu'ils étaient sous l'influence du gourou Thierry Tilly.

La justice a tranché: les "reclus de Monflanquin" ne récupéreront pas leur château familial. Les Védrines, famille de notables du Sud Ouest au cœur d'une affaire d'emprise mentale, avaient vendu leur domaine alors que, selon leurs défenseurs, ils étaient sous l'emprise d'un "gourou" et en état d'"insanité d'esprit".

Le gourou en question, Thierry Tilly, a été condamné en appel en 2013 à dix ans de prison, pour ce que l'accusation avait qualifié de "vampirisation morale et financière". Libéré en août, il a par la suite été interné dans un hôpital psychiatrique.

4,5 millions évaporés

Après avoir isolé psychologiquement les membres de la famille, Thierry Tilly, qui se faisait passer pour un agent secret, avait réussi à les convaincre qu'ils étaient victimes d'un complot dont lui seul pouvait les sauver, moyennant finances.

Les Védrines avaient été reconnus par la justice victimes du gourou, qui avait "capté" sous son emprise onze membres de cette famille de noblesse protestante, leur siphonnant, entre 2000 et 2009, des sommes évaluées à quelque 4,5 millions d'euros. 

La mère de famille, Christine de Védrines était parvenue à s'échapper en mars 2009 et avait porté plainte.

Une acheteuse de bonne foi

La famille tente depuis lors de récupérer le château de Martel, une affaire compliquée par le fait que cette bâtisse du XVIe siècle, restaurée au XIXe, a d'abord été vendue en 2008 à une société civile immobilière (SCI), puis revendue en juin 2009 à une particulière, pour 540.000 euros.

L'arrêt de la chambre civile de la Cour d'appel d'Agen confirme le jugement en première instance de septembre 2015. Elle annule ainsi la première vente du château, conclue alors que la famille était sous l'emprise du gourou. Mais les Védrines ne retrouveront pas pour autant le logis familial car la cour valide la revente, estimant que l'acheteuse était de bonne foi et a été victime "d'une erreur commune et invincible".

Elle a rejeté les "doutes" des Védrines, pour qui l'acquéreuse, du fait notamment d'articles de presse à l'époque, ne pouvait ignorer leur sort et la situation particulière du château. Elle a en revanche estimé, contrairement au jugement en première instance, que le notaire présidant aux deux ventes du château, n'avait "commis aucune faute engageant sa responsabilité professionnelle".

La Cour a aussi rejeté les arguments de la famille sur le prix de cession du château, qu'ils estimaient "vil". Ils se voient octroyer 12.000 euros, mais au titre de compensation entre les deux ventes, et pour un prêt.

Vers la cassation?

Les Védrines "accueillent la décision avec apaisement et sérénité", a déclaré à l'AFP leur avocat, maître Daniel Picotin.

"C'est leur état d'esprit depuis quelques temps après les épreuves douloureuses qu'ils ont traversées, et qui ne sont pas d'ordre matériel. Ils réfléchissent sérieusement à se pourvoir en cassation".

Claire Rodineau avec AFP