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Les clés de l'affaire Clearstream

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Sarkozy et Villepin devant la justice. Le procès Clearstream s'ouvre aujourd'hui. L'occasion de revenir sur les faits, les acteurs et les enjeux de cette affaire aux airs de thriller politique.

C'est l'événement politique et médiatique de cette rentrée. Le procès Clearstream, affaire de manipulation hors normes, s'ouvre ce lundi 21 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris. Il devrait durer un mois. « Un procès politique à grand spectacle », selon Frédéric Charpier, journaliste d'investigation, auteur d'Une histoire de fous : le roman noir de l'affaire Clearstream (Editions du Seuil), qui en retrace la chronologie et en présente les protagonistes.

5 accusés, 18 témoins et 40 parties civiles

Qui sont tout d'abord les acteurs de cette affaire ? Sur le banc des prévenus : l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, l'ex-numéro 2 d'EADS Jean-Louis Gergorin, le mathématicien Imad Lahoud, le journaliste Denis Robert et l'ancien auditeur financier Florian Bourges.
Sur le banc des parties civiles, en autres : Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn, Brice Hortefeux, Charles Pasqua, Jean-Pierre Chevènement, Dominique Baudis...

Tout débute en 2001...

Le journaliste Denis Robert enquête sur Clearstream depuis des années et obtient de Florian Bourges, alors auditeur stagiaire dans la banque luxembourgeoise Clearstream, une liste de comptes occultes. « La question était de savoir si Clearstream lessivait de l'argent sale, discrètement, en particulier de l'argent sale issu des commissions sur les ventes d'armes », explique le journaliste Frédéric Charpier.

Fin 2003, la falsification commence

Une liste de comptes que récupère l'ancien trader Imad Lahoud. Fin 2003, la falsification commence. Sous les ordres de Jean-Louis Gergorin et de Dominique de Villepin, à en croire Imad Lahoud. Chacun souhaitant ajouter les noms de ses ennemis pour leur nuire. Gergorin joue alors les corbeaux et envoie les listings falsifiés au général Philippe Rondot, spécialiste du renseignement. Nicolas Sarkozy y figure sous les patronymes de Stéphane Bocsa et Paul de Nagy. La ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie ordonne des vérifications. Début 2004, Jean-Louis Gergorin fait part de l'affaire à Dominique de Villepin, alors aux Affaires étrangères. En juillet, l'enquête de Rondot conclut à la manipulation.

Fin 2005, la supercherie est avérée

Les 5 principaux responsables sont rapidement identifiés. Sauf que Gergorin et Villepin affirment que Lahoud a agi seul, de sa propre initiative et qu'ils n'ont jamais exigé des modifications des listings. En janvier 2006, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, dépose plainte. Jean-Louis Gergorin et Imad Lahoud sont mis en examen. En juillet 2007, c'est au tour de Dominique de Villepin. Le 21 septembre, s'ouvre le procès. Reste maintenant à démêler le vrai du faux. Tous les prévenus se contredisent et disent avoir été manipulés. « Ce qui serait intéressant, c'est que ce procès nous dise qui ment », espère Frédéric Charpier.

Les enjeux

C'est l'avenir politique de Dominique de Villepin qui est en jeu. Lui qui ce matin encore à l'ouverture du procès, brocardait « l'acharnement » de Nicolas Sarkozy à son encontre. Pour les faits de dénonciation calomnieuse, Villepin, Gergorin et Lahoud encourent jusqu'à 5 ans de prison et 45 000 euros d'amende.
L'affaire Clearstream représente aussi un risque politique pour Nicolas Sarkozy : en poursuivant celui qui a été son adversaire politique, il peut donner le sentiment d'utiliser une justice sur laquelle il exerce une certaine autorité. A trop vouloir prouver son statut de victime, il risque de porter atteinte à son statut de Président de la République.

Le règlement de compte Sarkozy / Villepin

Une histoire entre haine et fascination. Quand Nicolas Sarkozy apprend qu'il a été pris pour cible, il fait une promesse en forme de menace : « pendre le responsable à un croc de boucher ». Pas question de régler ce dossier dans l'obscurité des arrières cours ministérielles. Nicolas Sarkozy veut un procès, il veut profiter politiquement de sa position de victime.
En retour, Dominique de Villepin lui reproche d'instrumentaliser l'appareil judiciaire : « Il veut se faire justice lui-même », lançait-il vendredi dernier dans Bourdin & Co. Un face à face, et une date en ligne de mire : 2012, ambition évidente de Nicolas Sarkozy, ambition inavouée de Dominique de Villepin.

La rédaction, avec Annabel Roger et Adrien Borne-Bourdin & Co