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Le marchand d'art Yves Bouvier mis en examen pour recel de Picasso volés

Le multimilliardaire russe Dmitri Rybolovlev, président de l'AS Monaco, en mars dernier, au stade Louis II à Monaco.

Le multimilliardaire russe Dmitri Rybolovlev, président de l'AS Monaco, en mars dernier, au stade Louis II à Monaco. - Valery Hache - AFP

Mis en examen pour recel de vol après avoir revendu deux tableaux du maître espagnol au milliardaire russe Dmitri Rybolovlev, l'incontournable acteur du marché de l'art dit avoir agi de "bonne foi". Mais l'héritière des deux portraits affirme cependant que ces oeuvres lui ont été volées et qu'elle ne les a jamais cédées à quiconque.

Yves Bouvier, célèbre marchand d'art suisse, a été mis en examen lundi pour recel de vol à titre habituel par un professionnel, rapporte Le Parisien. A l'origine du litige qui l'oppose notamment à son ancien ami, le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev, la vente pour 27 millions d'euros de deux Picasso, une huile sur toile et un dessin. Moyennant une caution d'une somme équivalente à cette transaction, dont 5 millions payables tout de suite, cet homme de 52 ans est ressorti libre, mais sous contrôle judiciaire, du tribunal de Paris.

Catherine Hutin-Blay, fille de Jacqueline Roque, la dernière épouse de Pablo Picasso, soutient de son côté qu'elle n'a jamais cédé ces œuvres à celui qui s'est imposé comme une incontournable figure du marché de l'art. L'héritière des tableaux avait affirmé au début de l'été à la juge d'instruction parisienne Isabelle Rich-Flament, en charge de l'affaire, que par principe, elle "ne vendait jamais de représentation de sa mère". Les deux portraits, intitulés Femme de profil se coiffant et Espagnole à l'éventail, sont décrits par elle comme des "œuvres personnelles et dédicacées" à "forte valeur sentimentale".

Les deux anciens amis multiplient les démêlés judiciaires

Elle avait porté plainte en mars, affirmant que des oeuvres lui appartenant avaient été volées. Elle venait d'être alertée par un restaurateur brésilien de tableaux. Deux ans plus tôt, celui-ci était intervenu, à la demande d'un intermédiaire, sur des toiles du maître espagnol qu'on lui avait demandé de restaurer et de maroufler (monter sur un support). Une fois restaurés, les tableaux auraient rejoint les locaux d'une société suisse appartenant à Yves Bouvier, puis vendus au milliardaire russe Dmitri Rybolovlev.

L'héritière aurait donc eu la surprise de voir figurer dans la collection du multimilliardaire russe ces deux tableaux. Yves Bouvier avait été chargé de constituer pour le compte du richissime amateur d'art une collection hors normes. Il lui avait revendu quelque 37 œuvres pour plusieurs centaines de millions de dollars. Ces transactions lui avaient valu une première mise en examen pour "blanchiment" et "escroquerie" en février.

Depuis des mois, les deux hommes se livrent une guerre sans merci. Au cœur du litige, la perception par l'intermédiaire de commissions "vingt fois supérieures à celles prévues au départ", selon le magnat russe.

Yves Bouvier assure de sa "bonne foi"

La version du marchand d'art suisse est évidemment très différente. Il soutient, par la voix de son avocat Me Francis Szpiner, avoir "revendu de bonne foi" ces tableaux qui n'étaient pas "signalés volés".

Selon lui, les deux "tableaux n'ont pas été vendus en catimini", mais "sur facture par la société d'Yves Bouvier, MEI Invest, pour orner les murs du chalet suisse de Dmitri Rybolovlev à Gstaad, au vu et au su de tous ses visiteurs". Ils "étaient destinés à être exposés publiquement, de même qu'ils devaient figurer dans un livre entièrement consacré à sa collection", indique Marc Comina, son porte-parole.

"A la date d'aujourd'hui, Yves Bouvier continue à penser que Catherine Hutin-Blay a autorisé la vente de ces oeuvres et que le montant de cette vente a été encaissé", continue Marc Comina. "Sur indication des avocats du trust de Catherine Hutin-Blay, le montant de la transaction a été versé sur le compte en banque de ce trust établi au Liechtenstein", a-t-il insisté.

Le marchand d'art possède une fortune estimée à une somme comprise entre 280 et 380 millions d'euros. Il l'a bâtie en se spécialisant, succédant à son père à la tête de la société Natural Le Coultre, dans la conservation d'œuvres d'art. Un million d'entre elles sont conservées dans des entrepôts ultrasécurisés à Genève. Dmitri Rybolovlev, lui, est un homme d'affaires russe classé 146e fortune mondiale avec plus de 8,8 milliards d'euros, par le magazine Forbes. Résident monégasque, il possède l'AS Monaco depuis 2011.

D. N. et AFP