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Le double suicide au Lutetia relance le débat sur la fin de vie

La façade du palace parisien Lutetia, la semaine dernière.

La façade du palace parisien Lutetia, la semaine dernière. - -

Les deux octogénaires qui se sont suicidés la semaine dernière à l'hôtel Lutetia avaient laissé une lettre, dans laquelle ils réclamaient le droit au suicide assisté.

Georgette et Bernard Cazes, 86 ans, se sont donné la mort ensemble, dans la nuit de jeudi à vendredi dernier. Un suicide préparé, pour lequel ils se sont rendus au Lutetia, un hôtel de luxe parisien, et ont commandé des petits-déjeuners le vendredi matin afin que le personnel les retrouve. Ils ont aussi laissé des courriers, l'un adressé à leurs proches, l'autre au procureur de Paris, dans lesquels ils demandent le droit à mourir dans la dignité.

Un geste qui relance le débat sur la fin de vie, et plus précisément la question du suicide assisté. D'après Le Parisien, le couple d'octogénaires, qui se sont étouffés en plaçant un sac plastique sur leur tête, demandait en effet dans leur ultime lettre une petite "pastille létale" pour glisser paisiblement vers une "mort douce". C'est le but du suicide assisté, qui consiste à s'administrer des médicaments létaux préparés par un médecin.

"Des produits pour partir sans souffrance"

Actuellement, très peu de pays européens autorisent l'aide au suicide, qui n'est légale qu'en Suisse, aux Pays-Bas et au Luxembourg. En France, la fin de vie est toujours encadrée par la loi Leonetti de 2005, qui n'autorise qu'une euthanasie dite passive, empêchant toute "obstination déraisonnable" dans le soin apporté aux malades incurables.

"En France, on pousse les gens, quand ils sont en fin de vie, quand ils ont des graves maladies (...), à se suicider de manière violente parce qu'ils n'ont pas accès à des produits qui leur permettraient de partir sans souffrance", pointe Jean-Luc Romero, président de l'association Droit à mourir dans la dignité (ADMD), qui milite pour la reconnaissance de l'euthanasie active et du suicide assisté.

Dans leur lettre, Bernard et Georgette Cazes exhortent leurs enfants à militer en faveur de l'aide au suicide. Selon Le Figaro, qui cite des passages du courrier retrouvé, Georgette Cazes écrit: "De quel droit empêcher une personne n'ayant plus de charges, en règle avec le fisc, ayant travaillé toutes les années voulues et ayant exercé des activités de bénévolat, de quel droit la contraindre à des pratiques cruelles quand on veut quitter la vie?" Selon le quotidien, elle enjoint même son fils à se substituer à elle pour attaquer l'État.

|||Euthanasie active
Un tiers administre au malade une substance létale pour provoquer sa mort immédiate.

Suicide assisté (ou aide au suicide)
Un tiers fournit au malade une substance létale, qu'il s'administre lui-même.

Euthanasie passive
Absence de recours à des soins ou à des instruments qui auraient pu prolonger la vie du malade.

Mathilde Tournier et avec Mélanie Bertrand