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Lâché par son assureur, Servier de plus en plus isolé

Servier a confirmé jeudi que son principal assureur, Axa, refusait de couvrir les risques liés au Mediator, dernier signe en date de l'isolement grandissant du laboratoire en France. /Photo d'archives/REUTERS

Servier a confirmé jeudi que son principal assureur, Axa, refusait de couvrir les risques liés au Mediator, dernier signe en date de l'isolement grandissant du laboratoire en France. /Photo d'archives/REUTERS - -

PARIS (Reuters) - Servier a confirmé jeudi que son principal assureur, Axa, refusait de couvrir les risques liés au Mediator, dernier signe en date...

PARIS (Reuters) - Servier a confirmé jeudi que son principal assureur, Axa, refusait de couvrir les risques liés au Mediator, dernier signe en date de l'isolement grandissant du laboratoire en France.

Au coeur d'un scandale sanitaire sans précédent - le Mediator aurait fait entre 500 et 2.000 morts en France - Servier risque de devoir indemniser seul les victimes qui ont multiplié les plaintes en justice ces dernières semaines.

La compagnie Axa a annoncé ne plus couvrir les risques liés aux anorexigènes depuis l'affaire de l'Isomeride, un coupe-faim commercialisé par le laboratoire et retiré du marché en 1997 en raison de sa dangerosité.

"Tant qu'on ne sait pas si le Mediator est un anorexigène ou pas, on ne sait pas si on couvre les risques qui lui sont liés", a expliqué à Reuters un porte-parole de l'assureur.

Servier, qui dit avoir plus de 20.000 collaborateurs dans le monde, a fabriqué pendant plus de trente ans le Mediator, qu'il a commercialisé comme un médicament pour diabétiques jusqu'à son retrait du marché en 2009.

Selon le rapport de l'Inspection générale des affaires sanitaires (Igas), le Mediator est en fait un puissant anorexigène et Servier a "roulé dans la farine" les acteurs de la chaîne du médicament pour pouvoir le vendre sous une autre indication pharmacologique.

Dans un communiqué, le laboratoire dit comprendre Axa.

"Les Laboratoires Servier comprennent la position de la compagnie dans le contexte actuel, mais considèrent qu'elle ne peut être définitive à ce stade", dit le texte. Servier assure qu'il fournira "prochainement" tous les éléments nécessaires pour que l'assureur puisse se faire sa propre idée sur la nature du médicament.

"PRESSIONS"

Selon le journal La Tribune, Axa couvrirait les sinistres engageant la responsabilité civile de Servier pour des montants allant de 15 à 90 millions d'euros par an.

"Au-delà des 90 millions, trois autres compagnies, XL Insurance, HDI-Gerling et Swiss Re se partageraient trois lignes de garanties jusqu'à un maximum de 200 millions", écrit jeudi le quotidien économique.

Selon le magazine Challenges, Servier a perdu également les services de l'agence de communication, Image 7, à laquelle il avait fait appel en novembre pour gérer l'affaire.

La semaine dernière, le syndicat patronal de l'industrie pharmaceutique, Les Entreprises du médicament (Leem), a suspendu Servier de ses instances.

Dans la foulée, le laboratoire a annoncé que son fondateur, Jacques Servier, quittait la présidence du "G5", qui regroupe les cinq plus gros groupes pharmaceutiques français, "pour se consacrer à la défense" de son entreprise.

Ses avocats ont confirmé avoir déposé plainte pour diffamation contre le professeur Bernard Debré, député UMP, qui a qualifié Jacques Servier de "criminel" sur Europe 1.

Mercredi, devant la mission d'information de l'Assemblée nationale sur le Mediator, la pneumologue Irène Frachon a fait état de pressions dès qu'elle a commencé à tirer la sonnette d'alarme sur le médicament.

Les doutes sur l'utilité médicale et la nocivité du Mediator, prescrit à au moins cinq millions de personnes entre 1976 et 2009, étaient connus depuis la fin des années 1990.

Une centaine de personnes ayant pris du Mediator ont déposé plainte contre Servier pour homicides et blessures involontaires. Le médicament serait à l'origine de graves maladies cardiaques, les valvulopathies.

En parallèle, une autre victime a cité directement le laboratoire, son fondateur et quatre dirigeants devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour "tromperie".

Une première audience de procédure est prévue le 11 février et une audience sur le fond pourrait se tenir cette année.

Laure Bretton, édité par Yves Clarisse