BFMTV

La vidéo qui a fait de Jawad Bendaoud la risée du web

Son procès pour "recel de malfaiteurs terroristes" s'ouvre ce mercredi, plus de deux ans après l'interview télévisée au cours de laquelle il a admis avoir hébergé deux des djihadistes des attentats de Paris et Saint-Denis.

"On m'a demandé de rendre service, j'ai rendu service Monsieur". Ses explications maladroites ont fait le tour des chaînes de télé et des réseaux sociaux. Le 18 novembre 2015, alors que le Raid mène un assaut contre la planque de Saint-Denis où se sont réfugiés deux des djihadistes impliqués dans les attentats du 13 novembre, dont l'un des cerveaux présumés, Jawad Bendaoud se tire une balle dans le pied en expliquant lui-même à des journalistes qu'il les a logés. Plus de deux ans plus tard, son procès s'ouvre ce mercredi à Paris. Il est poursuivi pour recel de malfaiteurs terroristes et encourt jusqu'à 6 ans de prison. 

Ce matin-là, vers 7 heures, après s'est entretenu avec une journaliste de l'AFP, Jawad Bendaoud est filmé par les caméras de BFMTV à quelques mètres de l'immeuble où les forces de l'ordre interviennent. De lui-même, il explique que l'assaut a lieu chez lui, avant d'être interrogé plus précisément par les journalistes, interpellés par ses propos.

Interpellé devant les caméras

Commence alors une séquence surréaliste, de près de 40 secondes, qui se termine par l'interpellation du trentenaire par la police, devant les caméras. 

"J’ai appris que c’était chez moi", explique-t-il. "C’est-à-dire?", lui demande le journaliste de BFMTV. "Ben j’ai appris que c’était chez moi et que les individus sont retranchés chez moi, et que voilà. J’étais pas au courant que c’était des terroristes, moi. Expliquez-moi, vous habitez où? J’habite rue du Corbillon, là où ça a tiré. Et comment vous expliquez que ces personnes se retrouvent chez vous? On m’a demandé de rendre service j’ai rendu service, Monsieur. On m’a dit d’héberger deux personnes pendant trois jours, j’ai rendu service normalement", poursuit Jawad Bendaoud.

A ce moment-là, dans le champ gauche de la caméra, on distingue un policier s'approchant de lui, pour écouter la suite de la conversation. 

"Je ne sais pas d’où ils viennent… On n’est au courant de rien Monsieur, si je savais vous croyez que je les aurais hébergés? Vous saviez qu’ils venaient de Belgique?", interroge une autre journaliste. "Non je ne savais pas, on m’a dit ça là, à l’instant ce matin. Je l’ai appris comme vous. Vous les connaissiez ces personnes? Non, je ne les connais pas du tout, ni d’avant…"

Détournements à répétition

La police interpelle alors Jawad Bendaoud, interrompant l'entretien. Timothée Le Blanc, le journaliste de BFMTV qui l'a interrogé à Saint-Denis, attendra ensuite d'avoir la confirmation qu'il était recherché par la police et faisait bien partie des personnes interpellées pour diffuser les images. Mais il confiera n'avoir pas réalisé tout de suite leur portée.

En quelques heures, la vidéo a fait le tour du web et donné lieu à des dizaines de détournements, les internautes se moquant des justifications naïves de l'interpellé. Plusieurs comptes parodiques sont crées sur Twitter, dont "Logeur du Daesh" et une page Facebook appelant à une "soirée pyjama" chez Jawad Bendaoud a rassemblé près de 200.000 personnes le 20 novembre, deux jours après la diffusion de l'interview. Le logeur de Saint-Denis est devenu un mème, ces éléments repris en masse et déclinés à l'infini sur internet. 

Surnommé "Century 21"

La séquence a également été détournée en vidéo, des extraits de son témoignage ayant été par exemple entrecoupés de scènes de films. Comme Les gendarmes à Saint-Tropez, avec Louis de Funès en train d'interroger un témoin, ou La cité de la peur avec sa célèbre réplique, "tu bluffes Martoni".

Au cours de sa détention, Jawad Bendaoud a déploré à plusieurs reprises d'être devenu la risée du web, dénonçant aussi les surnoms dont l'ont affublé certains de ses codétenus: "Stéphane Plaza", l'animateur et agent immobilier, ou "Century 21", du nom de la chaîne d'agences immobilières.

Charlie Vandekerkhove