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L'ex-patron de la lutte antidrogue mis en examen pour complicité de trafic de stupéfiants

François Thierry lors d'une conférence de presse le 14 décembre 2012 à Nanterre.

François Thierry lors d'une conférence de presse le 14 décembre 2012 à Nanterre. - BFMTV

La saisie record de sept tonnes de cannabis en 2015 a, entre autres, fait s'interroger l'IGPN puis les juges sur les méthodes de l'ancien patron des "stups".

François Thierry, l'ancien numéro 1 de la lutte antidrogue, a été mis en examen dans une enquête qui a mis au jour les méthodes controversées des "stups" pour faire tomber des trafiquants, a indiqué vendredi de source proche du dossier.

Comme l'avait révélé Libération, l'ex-patron de l'Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrtis) était convoqué jeudi après-midi pour être entendu par les juges d'instruction qui enquêtent sur la saisie record de sept tonnes de cannabis le 17 octobre 2015 à Paris. A l'issue de son audition qui s'est terminée tard dans la soirée, l'ancien chef de l'office spécialisé a été mis en examen pour "complicité de détention, transport, acquisition de stupéfiants et complicité d'exportation de stupéfiants en bande organisée", a précisé la source proche du dossier. Il a été laissé libre sans contrôle judiciaire.

Saisie de sept tonnes

Le policier est soupçonné d'avoir favorisé l'entrée de drogue sur le territoire français, sans en informer totalement l'autorité judiciaire, dans le cadre de ses relations controversées avec un important indicateur de l'office considéré comme un trafiquant notoire, Sofiane Hambli. L'affaire lui avait valu d'être placé en garde à vue fin mars à l'IGPN, la "police des polices".

Le dossier instruit par les juges Baudoin, Thouvenot et Marc Sommerer de la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Paris trouve son origine dans la saisie record, le 17 octobre 2015, de sept tonnes de cannabis entreposées dans des camionnettes stationnées boulevard Exelmans, dans le cossu XVIe arrondissement de Paris. Une saisie, opérée par la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED), qui avait été saluée par le président à l'époque, François Hollande. 

"Un grand flic"

L'enquête avait été confiée à l'Ocrtis. Très vite le parquet de Paris avait dessaisi le service après avoir découvert que cette livraison de drogue partie du Maroc s'inscrivait dans une opération secrète de ce même service pour infiltrer un réseau, avec l'aide de Sofiane Hambli. Sous couvert de l'opération, l'Ocrtis aurait directement supervisé l'importation d'au moins 15 tonnes de cannabis qui ont été saisies, dont les sept tonnes du boulevard Exelmans, selon une source proche de l'enquête. 

Pour la défense de François Thierry, c'est toute la lutte contre le trafic de drogue qui est visée à travers l'ancien chef de l'Octris. "Aujourd’hui, les trafiquants de drogue peuvent se réjouir parce qu’on vient de condamner des méthodes avec une formidable hypocrisie", a dénoncé, sur France Inter, Me Francis Szpiner, qui parle d'"un grand flic" aux "manières inédites de procéder" pour obtenir "des résultats exceptionnels". "Il y a un sentiment d'écoeurement quand brusquement on essaie de vous ravaler au rang de ceux que vous avez combattu pendant des années", poursuit l'avocat.

Avant de conclure: "Ce qui est certain c’est que c’est un coup d’arrêt donné à la lutte contre le trafic de stupéfiant."

David Namias avec AFP