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"L'Etat a détruit ma vie": Jérôme Rodrigues dénonce le maintien de l'ordre en France

Jérôme Rodrigues, figure du mouvement des gilets jaunes, estime que les véritables responsables qui ont causé son infirmité à l'oeil sont "les donneurs d'ordres", c'est-à-dire "le gouvernement".

"Les policiers ont détruit ma vie, mais pas que. L'Etat a détruit ma vie, le gouvernement a détruit ma vie." C'est le constat fait ce jeudi matin par Jérôme Rodrigues, invité sur le plateau de BFMTV. La figure du mouvement des gilets jaunes est revenue sur les faits qui ont conduit à sa grave blessure à l'oeil lors d'une manifestation place de la Bastille le 26 janvier 2019. "Pour moi, la lumière s'est éteinte à 16h30", confie-t-il, lorsqu'il reçoit à l'oeil un galet provenant d'une grenade de désencerclement lancée par un policier.

"Les souvenirs, c'est rétrospectivement avec les vidéos", explique Jérôme Rodrigues, caméra go pro autour du cou.

"Aux policiers de maîtriser" leurs armes

Ce 26 janvier 2019, il dit s'être trouvé bloqué par les forces de l'ordre à l'arrivée de la manifestation sur la place de la Bastille "parce qu'il y a des effets de violences". L'accès a ensuite été rétabli. Jérôme Rodrigues dit avoir déclenché sa caméra, avoir discuté avec des street medics, d'autres gilets jaunes, puis avec un ami. "Je fais un mouvement de recul pour les (les policiers, NDLR) laisser travailler correctement, je m'en prends une, je m'en prends deux."

"Que ça soit moi ou un collègue, à eux de maitriser les engins qu'ils ont en main", déplore Jérôme Rodrigues.

Le 14 janvier dernier, deux policiers, des compagnies de sécurisation et d'intervention du 92 et du 93, ont été mis en examen. L'auteur du tir de grenade de désencerclement est poursuivi pour "violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente", l'auteur du tir de LBD pour "violences volontaires". Un rapport médico-balistique, que la défense va contester, a établi que Jérôme Rodrigues a été blessé à l'oeil par un galet contenu dans la grenade de désencerclement. Les deux policiers disent avoir été pris de panique face à une foule hétérogène composée de gilets jaunes et de black blocs.

"On a filé un flingue à un policier qui stresse sur le terrain, s'agace Jérôme Rodrigues. Ce sont deux armes qui fracassent des crânes, qui détruisent des vies et on continue de les utiliser. Ce rapport met surtout en évidence le manque de formation" des policiers.

"Je suis le Navalny français"

Car pour Jérôme Rodrigues, les faits qui se sont déroulés place de la Bastille ont fait "quatre victimes": "mon copain, moi et les deux policiers". "Quand je vois dans quel état est ma famille, j'imagine même pas dans quel état est leur famille, ils vont payer toute leur vie leur connerie", poursuit-il estimant que "les vrais responsables de cette situation ce sont les donneurs d'ordre", citant l'ancien préfet de police de Paris, Michel Delpuech, l'ancien ministre de l'Intérieur Christophe Castaner et le président de la République Emmanuel Macron.

Pour lui, les policiers "ne font plus le métier pour lequel ils ont été formés, ils ne respectent plus la formation de maintien de l'ordre".

"Beaucoup de vie ont été détruites pour protéger un système dont on ne veut plus", affirme Jérôme Rodrigues, qui se qualifie de "Navalny français", du nom de l'opposant russe actuellement emprisonné, pour exprimer "la frustration des gilets jaunes".

Jérôme Rodrigues dénonce l'absence de "droit de réponse" qui lui a été offert. "Depuis des mois, j'en prends plein la g*****, j'ai jamais eu le droit de réponse (...), martèle-t-il. Constament je passe pour un mec hyper violent dans les médias, je suis pour le débat. On a le Dernier exemple en date: M. Macron qui compare les gilets jaunes aux pro-Trump qui ont pris le Capitole. Qu'est-ce qu'on répond à ça? Rien parce qu'on a pas le droit à la parole."

Et d'ajouter: "M. Macron se permet de s'insurger de l'arrestation de M. Navalny. Moi je suis le Navalny français comme tant d'autres, comme les 30 Français qui ont perdu un oeil. Il met en avant le manque de démocratie en Russie, il en va de même aujourd'hui en France."
https://twitter.com/justinecj Justine Chevalier Journaliste police-justice BFMTV