BFMTV

L'assaillant des Champs-Elysées fiché S et titulaire d'un permis d'arme: y a-t-il eu des manquements?

La voiture de l'assaillant

La voiture de l'assaillant - Thomas SAMSON / AFP

L'homme qui a attaqué un fourgon de gendarmerie sur les Champs-Elysées était fiché S, tout en bénéficiant d'une autorisation de détention d'arme au titre de son appartenance à un club de tir sportif. Il possédait une dizaine d'armes à feu en toute légalité. La question de dysfonctionnements dans la gestion de son dossier est posée.

Après qu'un individu de 31 ans a attaqué un fourgon de gendarmes sur les Champs-Elysées ce lundi après-midi, des armes de poing, une kalachnikov et une bonbonne de gaz ont été retrouvées dans l'habitacle calciné de la voiture qui s'était embrasée. Les forces de l'ordre ont aussi mis la main sur une carte d'identité qui a permis aux enquêteurs de rapidement se faire une idée du profil de l'assaillant, mort des suites des blessures provoquées par son assaut. Selon nos informations, Il apparaît que cet homme était fiché S depuis septembre 2015.

A cette époque, adhérent d'un club de tir sportif depuis 2011, il bénéficiait déjà depuis plusieurs mois d'un permis de détention d'arme pour trois armes: un Glock 9mm, un Sig Sauer 9mm, deux armes équipant souvent les policiers, et une carabine Multiagro de calibre 7.62, une arme similaire à la kalachnikov tout en s'en distinguant sur plusieurs points. Il possédait également six armes supplémentaires, moins puissantes, qu'il avait déclarées en préfecture.

"Il y a des trous dans la raquette" 

"On a une difficulté: ce n’est pas dans le bon ordre. Normalement, quand on demande une détention d’arme, on doit faire l’objet d’un criblage au fichier pour savoir si quelque chose ne va pas. Manifestement, quelque chose n’a pas été fait en temps et en heure", a expliqué lundi soir sur BFMTV Bertrand Soubelet, ancien numéro 3 de la gendarmerie. "La vie administrative de notre pays n'est pas aussi bien faite qu'on le souhaiterait. Il y a des trous dans la raquette", a poursuivi l'officier. 

Philippe Crochard, président de la Fédération française de tir, a aussi livré sur notre antenne son incompréhension face au fait que cet individu, qui se rendait "régulièrement" à son club de tir sportif, ait pu détenir des armes légalement tout en étant fiché S: "On ne peut pas le savoir! On ne nous prévient pas que quelqu’un est fiché S. Ce qui est extraordinaire quand même c’est qu’étant fiché S il ait pu régulièrement bénéficier des autorisations de détention d’arme délivrées par la préfecture."

Le fichier AGGRIPA avait été consulté

Philippe Crochard a prolongé son développement: 

"En France, les armes c’est très, très surveillé. Il y a un fichier AGGRIPA qui repère tous les gens qui possèdent des armes, celles-ci sont déclarées et enregistrées dans ce fichier. N’importe quel agent de la DGSI ou des services peut aller voir si la personne fichée S détient des armes. On avait déjà attiré l’attention là-dessus au moment de l’attentat du Bataclan. Le comité Guillaume Tell qui regroupe les utilisateurs légaux d’armes avait demandé au président Hollande et à monsieur Cazeneuve de vérifier que tous les fichiers S soient passés au fichier AGGRIPA et que si tel était le cas ils soient passés au Finadia, un fichier d’interdits d’armes lié à notre propre fichier de la Fédération française de tir, et dès que quelqu’un est signalé dans ce fichier, nous l’interdisons de licence."

Dominique Rizet, consultant police/justice de BFMTV, a également évoqué le fichier AGGRIPA. "On a un vrai gros problème. Alors qu’on est en train de parler de la Task Force, il faudrait plutôt parler, vu qu’on utilise des mots anglais maintenant, de check-list. Ce n’est pas très difficile: il est signalé, il est radicalisé, on le passe au fichier, on le met éventuellement au fichier des personnes recherchées", a-t-il tout d'abord avancé avant d'enchaîner: "Et la première chose à faire, ça me paraît être d’aller voir ce fichier AGGRIPA dans lequel sont les noms de tous les possesseurs d’armes à titre sportif. On voit le nom de monsieur X dans ce fichier, et on va le voir, on lui dit: 'Monsieur, vous rendez vos armes. 'A l’évidence, quelqu’un dans l’administration n’a pas fait son travail." 

Selon nos informations, ces vérifications, y compris la consultation de la fiche S et du fichier AGGRIPA, ont bien été effectuées en février 2017 au moment de renouveler le permis de détention d'armes de l'assaillant des Champs-Elysées. Les autorités lui ont à nouveau délivré le document, qui était valide jusqu'en 2020, car selon elles il n'existait pas d'élément défavorable qui aurait pu motiver le rejet de la demande. Le renouvellement de son autorisation de détention d'armes n'est donc pas lié à une absence de contrôle de son profil de fiché S, mais à une appréciation des autorités.

Les gendarmes avaient rendu visite à son club de tir

La gendarmerie avait aussi eu une autre occasion de s'intéresser de près au futur assaillant. En octobre 2016, deux gendarmes, un chef de brigade et son adjoint, s'étaient rendus au club de tir fréquenté par le titulaire de la fiche S. Ils avaient posé une série de questions à son sujet au président du club qui leur avait répondu. Cet entretien n'a pas eu non plus de répercussions sur son autorisation à détenir des armes. 

Robin Verner