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L’affaire Seznec relancée par un nouveau témoignage

Un scellé sur les lieux des fouilles dans l'ancienne maison familiale des Seznec à Morlaix, le 24 février 2018

Un scellé sur les lieux des fouilles dans l'ancienne maison familiale des Seznec à Morlaix, le 24 février 2018 - Fred Tanneau - AFP

Près d'un siècle après la condamnation de Guillaume Seznec, envoyé au bagne en 1924 pour le meurtre de Pierre Quémeneur, un nouveau témoignage relance l'affaire.

Le meurtre de Pierre Quemeneur n'a pas été commis par Guillaune Seznec, condamné pour cela au bagne à perpétuité en 1924, mais par son épouse Marie-Jeanne qui s'est défendue contre une agression sexuelle, ont affirmé deux de ses petits-enfants dans un témoignage diffusé dimanche par France 2.

Les deux hommes ont révélé les confidences qui leur ont été faites en 1978 par leur père, petit Guillaume, témoin des faits qui se sont produits dans la maison familiale de Morlaix le 27 mai 1923 alors qu'il était âgé de 12 ans.

"Papa, il m'avait dit: 'C'est une affaire toute simple, ça je me souviens de ses mots, c'est une affaire toute simple qui a été compliquée à outrance'", rapporte Jean-Yves Seznec. "C'était un dimanche, d'après lui. Il était dehors. Il jouait dans la cour, et il a entendu sa mère crier, se débattre, qui se faisait agresser en gros. Il est allé à la fenêtre et il a vu Quémeneur par terre, allongé, recroquevillé sur lui. Et il y avait la bonne aussi qui était là. Et Quémeneur était mort", relate de son côté Gabriel.

Un homicide involontaire?

"Sa mère lui a dit qu'elle avait levé la main parce que Quémeneur l'avait agressée un peu, enfin, tripotée quoi... Et il ne s'est jamais relevé", poursuit Gabriel qui commente: "Ils n'ont pas voulu sa mort, c'est un homicide involontaire finalement".

Le corps fut recouvert d'un drap par la bonne. Quand Guillaume Seznec est arrivé il est "effondré". 

"Grand-père a appelé en fin de journée un de ses meilleurs amis pour enlever le corps. On ne sait pas ce qu'ils ont fait", a dit l'un des petits-fils. Les témoins de la scène ont juré à Seznec de garder le secret. Pourtant, la meurtrière finira par craquer devant les enquêteurs. "Elle a avoué aux gendarmes, mais elle n'a pas été crue".

Ces témoignages confirment largement la thèse développée par l'ex-avocat de la famille Denis Langlois, auteur du livre "Pour en finir avec l'affaire Seznec" paru en 2015. En février, ce dernier avait lancé des fouilles dans l'ancienne maison des Seznec pour retrouver le corps de Pierre Quemeneur. Les enquêteurs avaient alors découvert des ossements, qui se sont finalement révélés être d'origine animale. 

"Un crime sans cadavre"

L'affaire Seznec, considérée comme l’une des plus importantes de l’époque moderne, est "un crime sans cadavre, une condamnation sans aveu et le sujet de quatorze demandes en révision", rappelait en février Le Point

Tout commence le 25 mai 1923. Ce jour-là, il est établi que Guillaume Seznec est parti de Rennes en voiture, avec à ses côtés son ami et conseiller général du Finistère Pierre Quéméneur. Les deux hommes se rendaient à Paris où ils étaient censés négocier la vente de véhicules militaires américains abandonnés à la fin de la Grande Guerre, en 1918. 

Mais sur la route, la Cadillac de Guillaume Seznec tombe plusieurs fois en panne. Trois jours plus tard, Seznec rentre seul à Morlaix. Il affirme alors avoir déposé son acolyte dans une gare des Yvelines afin que celui-ci rejoigne Paris en train. Mais Pierre Quémeneur ne donnera plus signe de vie. Une semaine plus tard, un inconnu tente toutefois d'encaisser un chèque à son nom. Et sa famille recevra un télégramme signé par lui, posté du Havre, dans lequel il la rassure: "Ne rentrerai que dans quelques jours. Tout va pour le mieux. Quémeneur." Mais l'enquête accuse rapidement Guillaume Seznec d'en être l'auteur. 

Combat pour reconnaître l'innocence de Seznec 

Dans la valise de Quéméneur, retrouvée au Havre tachée de sang, une promesse de vente dans laquelle il s'engage à céder à bas prix à Guillaume Seznec sa propriété de Plourivo, est également retrouvé. Mais là encore, l'enquête établit que le document est un faux. Les forces de l'ordre estiment qu'il avait rédigé grâce à une machine à écrire appartenant à Seznec. Empêtré dans des déclarations contradictoires, mais malgré l'absence de corps, l'accusé est finalement déclaré coupable d'assassinat et condamné au bagne à perpétuité en 1924.

Près de cent ans plus tard, ce feuilleton judiciaire continue de passionner. Notamment car depuis le début, la famille de Guillaume Seznec se bat pour faire reconnaître son innocence. 

M.P avec AFP