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Jawad Bendaoud relaxé: "Il n’a pas joué un rôle", assure son avocate

Me Marie-Pompei Cullin et Me Xavier Nogueras, les avocats de Jawad Bendaoud.

Me Marie-Pompei Cullin et Me Xavier Nogueras, les avocats de Jawad Bendaoud. - Capture BFMTV

Me Xavier Nogueras et Me Marie-Pompei Cullin ont réagi sur BFMTV à la relaxe de leur client prononcée mardi par le tribunal correctionnel de Paris. Une première prise de parole depuis le début de ce procès ultra-médiatique.

Ils n'avaient réagi qu'à demi-mots pour exprimer leur émotion juste après la décision du tribunal correctionnel de Paris de relaxer Jawad Bendaoud des faits de "recel de terroristes". "C’est une immense surprise pour tout le monde, c’est aussi un immense soulagement", a réagi ce jeudi sur BFMTV Me Marie-Pompei Cullin. 24 heures plus tard, Me Xavier Nogueras, l'autre avocat de celui qui a été surnommé "le logeur de Daesh", a parlé lui d'"effet de sidération". 

"L'idiot, l'imbécile, le con, le débile, le stupide, l'ahuri, le sot, le crétin, l'abruti, le bouffon, le retardé, le bête", avait énuméré lors de sa plaidoirie Me Nogueras reprenant les qualificatifs accolé à son client depuis le 18 novembre 2015. Un client qui a fait parler de lui, notamment, à cause de ces nombreuses sorties au long de ces deux semaines de procès. "Il est comme ça dans la vie de tous les jours", estime l'avocat.

"Il n’a pas joué un rôle, abonde Me Cullin. C’est important que tout le monde l’entende."

"Décision courageuse"

"Je suis pas un lapin de six semaines", "on me vend un boeuf bourguignon, je me retrouve avec un couscous", "j’avais un nouveau projet de faire un nouveau point de vente de cocaïne. Qui va vouloir s’associer avec moi?" Jawad Bendaoud a marqué ce procès avec ses répliques ou ses explications incongrues ou tortueuses. "On ne l’a pas préparé, insiste l'avocate. Il y a un certain nombre de phrases qui ne peuvent être préparées. Il y a une forme d’authenticité qui ressort."

Sur le fond, Me Xavier Nogueras a salué "une décision courageuse" de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. "On s’est posé la question de savoir si le tribunal n’allait pas céder à une certaine forme de pression", confie le conseil, énumérant les chiffres qui en ont fait un procès hors-normes. "Ce n'était pas simplement une pression médiatique, c’était aussi une pression politique quand la garde des Sceaux juge l'attitude de Jawad Bendaoud", rappelle Me Cullin, qui parle de "soulagement démocratique".

"Je trouve que la justice a été digne en ce qui concerne M. Bendaoud, poursuit le conseil. La décision vient réécrire une histoire telle qu’elle s’est produite et non pas comme elle a été présentée par les médias."

Demande d'indemnisation

Après avoir passé vingt-quatre mois en détention, et à l'isolement, sans compter ses précédentes condamnations, Jawad Bendaoud avait déclaré devant le tribunal vouloir se ranger. Jeudi soir, il était en route pour une destination "loin de Paris", "pour se retrouver", "pour changer d'environnement". "Ce qui est sûr c’est qu’il nous a dit, qu’au regard du travail qui a été le nôtre, de ce rouleau compresseur médiatique, du mal que ça a pu faire à sa famille, l'opinion publique qui a pu atteindre sa famille il ne veut plus jamais avoir à faire à la justice, jamais, jamais", estime Me Nogueras.

Jawad Bendaoud n'en a pas fini avec la justice puisque le parquet a fait appel, collectivement, de la décision du tribunal correctionnel. "Le parquet avait dix jours pour faire appelle, insiste l'avocat. Ca va très vite, le parquet peut changer d’avis. (...) On voit qu’il y a une forme d’effet d’annonce." Cette décision pourrait en déterminer une autre: la demande d'indemnisation auprès de l'Etat comme la loi le permet. "La question se pose, reconnait Me Cullin. Ce qui est dans la balance c’est la question de l’isolement, la balance penche plutôt pour dire oui."

"Ça sera fait quand la décision sera définitive, c’est-à-dire quand la cour d’appel se prononcera, si elle se prononce", conclut Me Nogueras.

Justine Chevalier