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Jawad Bendaoud, "logeur" des jihadistes du 13-novembre et ancien caïd

Le procès de Jawad Bendaoud pour "recel de malfaiteurs terroristes", lors duquel Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen comparaissent à ses côtés, s'ouvre ce mercredi devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Accusé d'avoir fourni un logement à certains membres du commando terroriste du 13-novembre 2015 à Paris, Jawad Bendaoud arrive doté d'un lourd passif auprès de la justice.

Pour l'état-civil, Jawad Bendaoud est un homme de 31 ans, père de deux enfants, fils de parents originaires du Maroc. Pour la justice, il est l'homme qui a fourni un logement à Saint-Denis à deux terroristes du commando 13-novembre et comparaît, à compter de ce mercredi, devant le tribunal correctionnel de Paris pour recel de malfaiteurs terroristes, avec Mohamed Soumah et Youssef Aït Boulahcen. Pour l'opinion publique, il est l'homme à l'air ahuri qui est venu assister au siège de la dernière planque des jihadistes le 18 novembre 2015 au petit matin à Saint-Denis, dire devant nos caméras que les terroristes étaient "chez lui", qu'il ne savait pas jusqu'ici qu'ils étaient terroristes et qu'il n'avait fait que "rendre service", avant que la police ne coupe court à l'entretien en l'interpellant. Cet événement avait suscité les éclats de rire, les moqueries et les parodies, comme étant d'exutoires, d'un Hexagone meurtri par les pires attentats de son histoire, commis sur son sol cinq jours auparavant. 

Un détenu intenable 

Thimoté Leblanc, journaliste sur place ce 18 novembre pour BFMTV, se souvient à présent de l'origine de cette séquence. "J'entends dans mon dos parmi les badauds: 'Oh, les cons, ils ont tapé chez moi!'" L'exclamation est de Jawad Bendaoud et inaugure sa fameuse intervention. Durant sa garde à vue plus tard, il ne s'en tiendra pas aux mots, détruisant un ordinateur de la police. En janvier 2016, il reparaît devant l'opinion avant de commencer à comparaître. La presse révèle alors qu'à la mi-décembre 2015, il a écrit une lettre à l'un des juges chargés de l'instruction de son dossier. Il y clame son innocence et précise qu’il ne veut pas servir de "bouquet missaire" (sic) dans cette affaire.

En détention, alors que son régime d'incarcération lui pèse notamment du fait de son absence de contact avec d'autres prisonniers, il tente d'incendier sa cellule. Depuis son arrestation, il s'est déjà déplacé devant les tribunaux mais pour d'autres affaires. D'abord, il comparaît pour trafic de stupéfiants. Intenable, hors de lui, il décroche une nouvelle convocation cette fois pour outrage à agents. Durant ce procès, qui s'est tenu au printemps dernier, il est apparu méconnaissable, entre autres alourdi d'une trentaine de kilos. En octobre dernier, il assiste à une audience qui vise à décider d’un éventuel huis-clos pour le procès qui s’ouvre ce mercredi. Là, il entre dans une altercation avec un autre prévenu, hurle, lance aux magistrats: "Vous avez pété les plombs, vos conneries ça va deux minutes", avant d'être expulsé de la salle. Sa demande est rejetée. 

Un meurtre en 2006 

Car, à bien y regarder, la trajectoire personnelle de Jawad Bendaoud est émaillée d'actes de violence. Dans sa jeunesse, il est condamné à quatre reprises pour trafic de stupéfiants, violences avec arme, outrage ou encore faux et usage de faux. Devant les caméras de BFMTV, Stéphane Peu, ancien adjoint au maire de Saint-Denis le présente comme "l’ancien caïd de sa rue". "Il avait 300 mètres de trottoirs. Il dealait. Il était assez violent et impulsif. Il avait aussi un œil sur la prostitution qui était liée au trafic de stupéfiants dans cette rue", poursuit-il. 

Maria, une de ses voisines lorsqu'il était jeune garçon, glisse toutefois à nos équipes qu'elle ne peut en dire "que du bien": "Il m’appelait ‘tata’ même si je n’étais pas de la famille. Il me ramenait parfois mes sacs de course à la maison." En 2006, un événement pourtant le présente sous un jour sinistre. Alors qu'il s’apprête à frapper un homme avec un couteau de boucher, un de ses amis s’interpose. C’est lui qui reçoit le coup et il en meurt. Jawad Bendaoud est condamné à huit ans de prison. Libéré en 2013, il travaille pour des marchands de sommeil dans son quartier dyonisien d'origine. Il gère les affaires d’un appartement. C’est dans celui-ci que, plus tard, des terroristes du 13-novembre seront hébergés.

Robin Verner