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GRAND ANGLE - Les téléphones portables pullulent en prison

La semaine dernière, des détenus de la maison d’arrêt du Pontet, près d'Avignon, faisaient encore visiter leur prison en direct sur l'application Periscope grâce à leur téléphone. Les portables sont interdits mais ils pullulent dans le milieu carcéral français. Comment ces appareils entrent-ils dans les cellules? Pourquoi n’arrive-t-on pas à endiguer ce phénomène?

Ce n'est pas une première. Pendant plus de trente minutes, des détenus de la prison du Pontet, dans le Vaucluse, ont diffusé en direct via l'application Périscope, une visite guidée de leur maison d'arrêt la semaine dernière.

En février dernier, un détenu de la prison de Béziers, dans l'Hérault, avait lui aussi retransmis en direct sa vie depuis sa cellule.

Pourtant les téléphones portables sont strictement interdits en détention.

Tout un stratagème

Pour faire entrer ces appareils dans les maisons de rétention, les prisonniers ont des complices à l'extérieur qui lancent les mobiles au-dessus du mur d'enceinte. De l'autre côté, le détenu le récupère. Ces téléphones font l'objet d'un trafic, au moins un détenu sur deux en serait équipé.

Une fois le téléphone portable à l'intérieur, les prisonniers font preuve de beaucoup d'imagination pour que ce dernier ne soit pas repéré par les gardiens lors des fouilles.

Certains téléphones mesurent quelques centimètres, ce qui rend leur dissimulation plus facile. Une porte de frigo, un jeu de cartes, des bouteilles de soda ou encore une boîte de sel deviennent alors des cachettes privilégiées par les détenus. L'an dernier, plus de 30.000 téléphones ont été saisis en France par les gardiens.

Pour autant, certains ne craignent plus les fouilles des gardiens.

D'après Jimmy Delliste, le directeur de la prison de Nanterre, "certains individus ne se cachent même plus, on laisse le téléphone traîner sur la table ou par-dessus le lit."

Un portable, pour quoi faire ?

Des téléphones fixes sont à la disposition des détenus dans les couloirs. Leurs conversations peuvent y être écoutées ou enregistrées.

D'après Emmanuel Gauthrin, secrétaire général FO pénitentiaire, les détenus peuvent continuer à gérer leurs réseaux de drogue ou de prostitution depuis l'intérieur de la prison. Mais les surveillants pénitentiaires sont les premières victimes potentielles de ces appareils. Leur emploi du temps peut être communiqué à des tiers à l'extérieur de la prison. "C'est une arme un téléphone portable !" confie Emmanuel Gauthrin.

Thierry Solère, député des Hauts-de-Seine, craint surtout que certains détenus revenus de Syrie puissent communiquer avec une entreprise terroriste. Sid Ahmed Ghlam, soupçonné d'avoir projeté un attentat à Villejuif, avait un téléphone portable. 

Pour acheter la "paix sociale" l'administration préfère fermer les yeux. En tolérant l'utilisation des téléphones portables les gardiens facilitent les enquêtes de police en permettant aux juges d'instruction de mettre sur écoute certains prisonniers.

Le téléphone comme échappatoire

François Korber, de l'association "Robin des lois" ne comprend pas l'interdiction des mobiles en prison. Selon lui, la détention ne doit pas empêcher les détenus de donner des nouvelles à leurs familles. Il permettrait aussi de favoriser la réinsertion en leur permettant de chercher du travail pour leur sortie.

Brouiller les ondes 

Afin d'endiguer le phénomène, certaines maisons de détention devraient être équipées de brouilleurs d'ondes de haute technologie afin d'empêcher l'émission et la réception de signal GSM d'ici la fin de l'année.

De son côté, la coordinatrice de l'Observatoire international des prisons préconise d'autoriser les téléphones portables dans les établissements. Les surveillants s'y opposent fermement.

Autre initiative, la prison de Montmédy, dans la Meuse, servira de test en équipant chaque cellule d'un téléphone filaire.

Yves Couant, Fabrice Babin, Julie Papet et Antoine Caupert