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EXCLUSIF - Soupçons de chantage du Maroc: la lettre contractuelle signée par les journalistes

BFMTV s'est procuré le contrat signé entre les journalistes mis en examen et le Maroc. Dans cette lettre manuscrite, Catherine Graciet et Eric Laurent s'engagent à "ne plus rien écrire sur le royaume du Maroc" en contrepartie "du versement de la somme de 2 millions d’euros".

Le document a été versé au dossier d'instruction. BFMTV s'est procuré en exclusivité la lettre contractuelle signée par les deux journalistes soupçonnés d'avoir tenté de faire chanter le roi du Maroc avec des informations supposées gênantes.

Vendredi, l'avocat de la journaliste Catherine Graciet, Eric Moutet, avait confirmé qu'un "deal financier" avait bien eu lieu dans un "contexte très troublant" et avait évoqué "un piège" dans lequel serait tombé sa cliente.

80.000 euros d'avance

Dans cette lettre manuscrite, écrite le 27 août dernier par la journaliste Catherine Graciet au bar de l'Hôtel Raphael à Paris, les deux journalistes s’engagent à "ne plus rien écrire sur le royaume du Maroc" et à "ne plus jamais s’exprimer publiquement sur ce pays directement ou indirectement ou par personnes interposées", "ni à faire quelques révélations (...) sur ce sujet".

Les journalistes s’engagent également à "ne partager en aucune façon les documents et informations en (leur) possession avec qui que ce soit". En contrepartie du silence des deux journalistes, le Maroc s'engage à verser "la somme de deux millions d'euros". "Nous confirmons avoir reçu à ce jour une avance de 80.000 euros", écrit encore Catherine Graciet dans le document signé de sa main.

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- © Document BFMTV

Lettre signée en trois exemplaires

Cette lettre, qui a été versée au dossier d'instruction, a été signée pendant le rendez-vous entre les journalistes et le représentant du Maroc, jeudi, à l'issue duquel Catherine Graciet et Eric Laurent ont été interpellés et placés en garde à vue.

Selon nos informations, ce rendez-vous avait été initialement prévu à l'hôtel Peninsula à Paris, organisé main dans la main avec la police. Mais Catherine Graciet, méfiante, aurait demandé à changer d'hôtel. Les journalistes et le représentant du Maroc se seraient alors installés au bar de l'Hôtel Raphael, situé en face du Peninsula.

Un "piège" selon l'avocat des journalistes

Pendant ce rendez-vous, les journalistes auraient dans un premier temps refusé de signer le document, avant de se laisser convaincre et de le signer en trois exemplaires. Une partie de la conversation a été enregistrée avec un smartphone.

Pour l'avocat de Catherine Graciet, Me Éric Moutet, il y a bien eu un "deal financier", dans un "contexte très troublant". "Le royaume marocain a des comptes évidents à solder avec Catherine Graciet et un nouveau livre sur l'entourage du roi est en préparation au moment où le deal financier se met en place", a-t-il estimé vendredi soir. Il a également évoqué "un piège" dans lequel serait tombée sa cliente.

C. P. avec Dominique Rizet