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Police-Justice

Excédé, il affiche la photo du «voleur du mois» dans son magasin

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Parce qu'il en avait assez des chèques sans provisions qui plombent son chiffre d'affaires, un commerçant de l'Hérault a décidé d'exposer dans sa boutique la photo et les coordonnées d'un mauvais payeur. Un ras-le-bol pourtant illégal.

C’est une plaie pour les commerçants : les chèques sans provisions, appelés aussi chèques en bois, et qui signifient une vente à perte pour les magasins, qu’ils soient petits ou grands. Si les hypermarchés peuvent « absorber » ces types de pertes, pour les petits commerçants, c’est une sacrée saignée dans le chiffre d’affaires. Echaudé par plusieurs chèques sans provisions, un petit commerçant de l’Hérault a trouvé une méthode radicale pour exprimer son ras-le-bol. Il a décidé d’afficher l'identité de son « voleur du mois », dans son magasin d'électroménager, à Saint-Clément-de-Rivière, près de Montpellier. Ce commerçant s'est retrouvé avec des chèques en bois d'une valeur de 3 100 euros, provenant d'un même client. Sur un tableau au niveau de sa caisse, il a donc épinglé la photocopie de la carte d'identité et du permis de conduire du jeune homme de 21 ans, sous une mention écrite en grosses lettres rouges : « le voleur du mois ».

3 mauvais payeurs en 6 mois, pour 5 500 euros d’impayés

Il s’explique sur RMC : « Il y avait un premier chèque en bois de 1 800 euros, raconte-t-il sous couvert de l’anonymat. Cette personne est revenue, a pris un autre appareil d'électroménager soi-disant pour sa mère. Et puis comme les banques mettent trois semaines à vous renvoyer les chèques impayés, et bien voilà. J'ai appelé sa banque et quand on a vu que même les gendarmes ne voulaient rien faire, on a affiché les chèques de cette personne et 2 pièces d'identité. C'est ahurissant. En six mois d'activités, on a déjà eu trois mauvais payeurs pour 5 500 euros d'impayés... Avec mon associé on ne se paie pas ce mois-ci !».

Seul risque pour le client : être condamné à rembourser

Il faut dire que les commerçants sont désarmés face à cette arnaque du client. « Face à un chèque sans provision il y a quand même peu de chance qu'il obtienne le paiement de ses créances, explique Didier Rebut, professeur de droit à l'Université Paris 2. C'est très problématique parce que le simple fait de délivrer un chèque sans provision, ce n'est pas un délit. C'est dépénalisé depuis plus de 20 ans et cela avait été à l'époque une volonté du législateur pour arrêter l'encombrement des tribunaux avec ce genre de dossier. Il n'y a même pas d'inscription sur son casier judiciaire. Concrètement, le seul risque c'est de se voir condamné à rembourser ce que l'on n'a pas payé ».

« Qualifier publiquement quelqu’un de voleur, c'est une injure »

Le problème pour le commerçant de Saint-Clément-de-Rivière, c’est que sa parade pourrait tout aussi bien lui attirer des problèmes, comme l’explique Didier Rebut : « Ce n'est pas légal, même si on peut comprendre son agacement et sa volonté de réagir contre des impayés. Il s'expose à deux types de poursuites. L'une au titre d'injures publiques, parce que qualifier publiquement quelqu’un de voleur c'est une injure. Et il y a surtout un autre délit, c'est le fait d'exposer les données d'identité d'une personne : son nom, sa date de naissance, son adresse... dans un but de porter atteinte à l'honneur de cette personne. Là, c'est passible d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende ». Il ne manquerait plus que le commerçant se fasse attaquer en justice par son client malhonnête !

Philippe Gril avec Claire Andrieux