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"Epuisés", "rincés", des policiers expriment leur ras-le-bol

Heures supplémentaires, manque de moyens et de formation... Les forces de l'ordre sont épuisées par des conditions de travail harassantes. Les appels à manifester se multiplient. Le syndicat Alliance appelle notamment au blocage des commissariats à partir de mercredi.

"Journée noire" pour la police. Derrière ces mots retentit le malaise des forces de l’ordre.

"Nous faisons des horaires interminables avec parfois jusqu’à 16 heures de vacations, dont 14 heures sans manger, ni boire", raconte à BFMTV Nicolas, gardien de la paix.

Le policier se dit "à bout" après avoir effectué 48 heures de travail en seulement trois samedis. Pour encadrer les manifestations des gilets jaunes, il a, à chaque fois, été rappelé sur ses jours de repos et envoyé partout dans Paris pour interpeller les casseurs. S'estimant délaissé par les politiques et les syndicats, Nicolas répondra présent aux appels à manifester qui se multiplient pour protester contre des conditions de travail harassantes.

"Les collègues sont rincés"

Lundi, le syndicat Alliance a invité à bloquer tous les commissariats de France, à partir de mercredi. "Pour cette première journée d’action, les policiers sont conviés à rester dans les services et à ne répondre qu’aux appels d’urgence", est-il précisé dans un communiqué. En cause: un manque de considération et une forme de mépris de l'exécutif envers les forces de l’ordre.

"Jeudi, l’Assemblée nationale doit voter le budget de la police nationale. On nous affiche une baisse de 62 millions d’euros à l’investissement: c’est ça en moins pour les conditions de travail, les véhicules, les rémunérations", s’insurge Loïc Travers, secrétaire national du syndicat Alliance police nationale.

Les forces de l’ordre enchaînent les journées à rallonge, des heures de nuit insuffisamment payées, à raison de 97 centimes de l’heure de prime et des heures supplémentaires sans rémunération ni jour de récupération. Celles-ci s’accumulent depuis plusieurs années et se sont amplifiées le mois dernier avec les manifestations des gilets jaunes et l’attentat de Strasbourg qui a fait cinq morts. 

"Après quatre semaines de dur labeur et même quatre ans de travail acharné par rapport au risque d’attentat, les collègues sont rincés", déplore le syndicaliste.

158 heures supplémentaires par agent de police 

Un rapport sénatorial rendu en juin 2018 indique que les forces de l’ordre ont accumulé 21,82 millions d’heures supplémentaires, soit, en moyenne, 158 heures par agent. Guillaume Lebeau, vice-président de l’association Mobilisation des policiers en colère (MPC) assure avoir accumulé près de 200 heures supplémentaires sans rémunération ni jour de récupération.

"Formellement, si nous faisons une heure supplémentaire, nous devons récupérer cette heure en temps de repos. Mais à cause du manque d’effectif et du fort besoin d’agents, ces temps de récupération sont annulés", détaille-t-il.

Les blocages des commissariats ne sont qu’une première étape et devraient être suivis, jeudi 20 décembre, d’un rassemblement des forces de l’ordre devant le poste de police du VIIIe arrondissement de Paris, près des Champs-Elysées, dès 21h30.

L’association MPC, apolitique et sans bannière syndicale, se fait le relais d’un appel à manifester, "lancé par des collègues épuisés", les "gyros bleus", explique Guillaume Lebeau. Tout comme les gilets jaunes, les policiers aussi veulent avoir voix au chapitre et Guillaume Lebeau assure: "On participera à tous les rassemblements, toutes ces actions doivent se rejoindre pour entraîner une mobilisation d’ampleur".

Ambre Lepoivre