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Enfants de jihadistes en Syrie: un avocat des familles appelle à arrêter les rapatriements "au cas par cas"

Me Marc Bailly représente une dizaine de familles de jihadistes français.

Me Marc Bailly représente une dizaine de familles de jihadistes français. - AFP

12 enfants de jihadistes français ont été rapatriés ce lundi en France. Une bonne nouvelle pour les avocats des familles de ces mineurs qui ne cache pas, selon eux, la réalité humanitaire pour ceux qui se trouvent toujours sur place.

Arrêter le cas par cas et rapatrier massivement les enfants qui se trouvent toujours dans les camps syriens. C'est le message que les avocats qui défendent des familles dont les mineurs sont en Syrie lancent au gouvernement, après le rapatriement en France ce lundi de 12 enfants, orphelins, isolés ou vulnérables. Parmi eux, un petit garçon de 3 ans et sa demie-soeur de 10 ans, dont la mère a donné son accord pour que ses enfants rentrent à Paris.

Me Marc Bailly, du cabinet YL Avocats, défend une dizaine de grands-parents qui attendent le retour de leurs petits-enfants. Une quinzaine, la plupart âgés de 5 ans et moins, se trouvent toujours en Syrie. L'avocat détaille pour BFMTV l'espoir suscité par cette deuxième opération menée par les autorités françaises et l'espoir que cela provoque chez ses familles. Pour lui, cette réalité ne cache pas celle du terrain et les enfants toujours présents dans les camps en Syrie.

BFMTV: Concrètement, que se passe-t-il pour ces enfants lorsqu'ils arrivent en France?

Me Marc Bailly: Très simplement, au tarmac, un médecin va faire une évaluation de l’état de santé des enfants. Généralement, ils vont être hospitalisés pour faire un bilan: savoir quel est leur bilan de santé, leur poids, les vaccins qu’ils ont eus ou pas eus, quel est aussi leur degré de traumatismes physiques et psychologiques. En fonction, les médecins orientent les soins nécessaires. Ensuite, ils vont être pris en charge rapidement par l’aide sociale à l’enfance. Ces enfants sont confiés en pratique à des foyers ou des familles, familles triées sur le volet. Un juge des enfants est déjà saisi de la question et va décider ensuite du sort de ces enfants. Tout ça prend beaucoup de temps et c’est bien normal, puisqu’il s’agit d’abord de l’intérêt de l’enfant.

Les familles qui attendent le retour de leurs enfants comprennent-ils cette procédure?

Cette procédure est cadrée depuis mars 2017 et une circulaire reprise par le chef du gouvernement. Evidemment, pour les grands-parents, c’est une situation difficile. Souvent, ils ont perdu leurs propres enfants, ils ont de l’amour à donner à ces petits-enfants, et ils se rendent compte qu’ils ne pourront les voir, leur parler, développer des liens qu’après un certain nombre de semaines, de mois. Après, ils comprennent la gravité de la situation et qu’il faut prendre du temps pour faire un état des lieux de leur famille, un état des lieux global et savoir dans quelle mesure ces enfants peuvent aller chez leurs grands-parents.

Ce deuxième rapatriement, après celui de 5 enfants en mars dernier, est-il synonyme d'espoir pour les familles qui réclament le retour de leurs enfants?

C’est une très bonne nouvelle. Il faut d’abord se réjouir de cette nouvelle dans la mesure où l’Etat français semble mettre de plus en plus de moyens pour rapatrier ces enfants. Ce nouvel élément ne peut pas non plus cacher la réalité sur zone: des dizaines, des centaines d’enfants, en majorité en très bas âge - 90% ont moins de 5 ans - qui sont aujourd’hui dans une situation humanitaire dramatique. En hiver, ils mourraient de froid, aujourd’hui il fait extrêmement chaud. Il y a des maladies, ils sont dénutris. On ne comprend pas pourquoi tous ces enfants ne sont pas rapatriés en urgence. Nous en avons les moyens, c’est donc une décision politique qui doit être prise.

La France peut-elle aller plus loin dans cette politique de rapatriement?

Oui, elle a des contacts étroits avec les autorités kurdes, elle a déjà déployé des moyens pour rapatrier des enfants. La question n’est pas de savoir si elle le peut, la question est, malheureusement, de savoir si elle le veut. Là-dessus, le défenseur des droits a récemment rendu un avis pour dire à la fois l’urgence et son incompréhension sur le fait que l’on tarde à rapatrier ces enfants en contrariété de toutes les conventions internationales dans lesquelles nous nous sommes engagés et en contrariété avec notre droit. La problématique, c’est qu’on ne peut pas imposer à un Etat de prendre une décision, en pratique c’est donc une décision politique. Il faut arrêter le cas par cas qui n’est pas justifié humainement, qui n’est pas justifié juridiquement.

Justine Chevalier