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Double homicide dans le Var: en quoi consiste la modélisation d'une scène de crime?

Modélisation 3D d'une scène de crime d'exercice.

Modélisation 3D d'une scène de crime d'exercice. - Département Signal, image, parole de l'IRCGN

Quand un meurtrier laisse derrière lui une scène de crime complexe, une unité spéciale de la gendarmerie peut être appelée pour "immortaliser" les indices éparpillés, grâce à un scanner laser 3D.

"La scène de crime est le point de départ d’une enquête." Sa préservation est fondamentale pour que les gendarmes ou les policiers parviennent à reconstituer le scénario qui s’y est déroulé. De plus en plus, la technologie numérique se met à leur service afin de garder un souvenir intact de ces lieux après leur nettoyage, et de tester autant que possible les hypothèses permettant de faire avancer les investigations.

Ainsi, le procureur de la République de Draguignan a réclamé la modélisation en trois dimensions de la scène de crime découverte samedi 3 juillet à Tourves, dans le Var, où les propriétaires du Domaine des sources ont été retrouvés morts, "a priori" tués par balles. L’homme, âgé de 65 ans, gisait dans l'entrée du bâtiment tandis que le corps de son épouse a été découvert dans la salle de bain du premier étage.

"La scène de crime s'étend à plusieurs étages de l'habitation et à l'extérieur de celle-ci", est-il précisé dans un communiqué.

Ce tableau dramatique, rendu particulièrement complexe par la multitude d’indices éparpillés sur un large périmètre, justifie le recours à cette technologie. "La scène a été modélisée numériquement à 360° par une technicienne en identification criminelle de la cellule de Nice. Il en résulte une reproduction fidèle et précise de la scène", indique à BFMTV.com Laurence Barriquand, procureure de la République adjointe de Draguignan.

Immortaliser les indices

Une technologie utilisée également au niveau national par le département Signal, image, parole, de l'Institut de recherche criminelles de la gendarmerie nationale (IRCGN), une unité spécialisée dans l'analyse scientifique des scènes de crime. Si pour l’enquête menée dans le Var, le parquet a préféré s’en tenir à un échelon régional, les membres de l’IRCGN, basés à Pontoise en région parisienne, sont régulièrement dépêchés sur tout le territoire.

"On intervient sur environ 200 dossiers par an, dans toute la France", estime le chef de ce département, Christophe Lambert, précisant que l’unité dispose de quatre scanners laser 3D.

Entre les chevalets jaunes disposés près des indices par les techniciens en identification criminelle, les membres du département Signal, image, parole capturent sous tous les angles, grâce à un scanner laser 3D, une "scène de crime complexe" afin que celle-ci soit entièrement reconstituée sur un écran d’ordinateur.

Modélisation 3D d'une scène de crime d'exercice.
Modélisation 3D d'une scène de crime d'exercice. © Département Signal, image, parole de l'IRCGN
"On intervient par exemple quand il y a eu une poursuite dans une maison et que les indices sont disséminés dans plusieurs pièces. Le nombre de scans est multiplié en fonction de l’ampleur et de la complexité de la scène. Il faut environ 4 à 5 mn pour prendre un scan en couleur", nous détaille Christophe Lambert.

De cette manière, la scène de crime est "gelée" et tous les éléments utiles à l’enquête sont "immortalisés en l’état".

Une technologie au service de nombreuses expertises

Une technique profitable à de nombreux experts et qui "peut être utilisée pour tout type de nouvelles investigations: mesures, trajectoires de tirs, repositionnement d'éléments déplacés...", énumère Laurence Barriquand. Elle sert aussi aux morpho-analystes (qui examinent les traces de sang) pour émettre des hypothèses sur la position de la victime au moment de sa mort.

Modélisation 3D d'une scène de crime d'exercice.
Modélisation 3D d'une scène de crime d'exercice. © Département Signal, image, parole de l'IRCGN
"Ils peuvent analyser la forme des traces de sang qui ont des significations différentes selon qu’elles sont circulaires ou en ellipse, et leur point d’intersection. Grâce aux hypothèses qu'ils testent sur la modélisation, les morpho-analystes peuvent déterminer l'endroit où a eu lieu l’impact, avec quel geste, dans quelle position était la victime…", dépeint le gendarme membre de l’IRCGN depuis 2003.

Utile en cas d'accident d'ampleur

Exploités en France depuis une quinzaine d’années pour faciliter les enquêtes sur des meurtres ou des attentats, comme celui perpétré sur la promenade des Anglais à Nice le 14 juillet 2016, les scanners laser 3D sont également déployés sur des scènes d’accidents d’ampleur.

"Pour les crash d’avion ou de train, la modélisation nous permet de déterminer le point de départ et d'arrivée de l'accident, et de faire des mesures directement sur le modèle en 3D représenté à l’échelle."

Outre les scanners, les gendarmes de l'IRCGN ont également à leur disposition des drones qu'ils utilisent pour "geler" les scènes de crime ou d'accident en extérieur grâce à la prise de nombreuses photos sur une courte distance. Avec de tels outils, les meurtriers arriveront-ils encore à dissimuler les indices laissés derrière eux? La modélisation a ses limites, concède le chef d'escadron Christophe Lambert.

"Le scan ne permet pas de voir les éléments très petits comme un cheveu ou des bris de verre."

Le gendarme de l'IRCGN insiste: "Cette technologie est là pour faciliter les enquêtes, mais elle ne permet pas de tout résoudre."

Ambre Lepoivre Journaliste BFMTV