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Police-Justice

Derrière l'affaire Darmanin, le trouble passé de son accusatrice

Gérald Darmanin

Gérald Darmanin - PATRICK KOVARIK / AFP

La femme qui a déposé plainte pour viol contre le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin a déjà été condamnée pour chantage. Le JDD révèle ce week-end le détail de cette affaire.

La femme qui accuse le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin de l'avoir violée en 2009 n'est pas inconnue de la justice. Sophie Spatz, ancienne call-girl née Olga Patterson, a été condamnée en 2003 et 2005 pour "chantage", "trouble à la tranquillité d’autrui par appels téléphoniques malveillants réitérés" et "menace de crime" pour avoir harcelé et soutiré des sommes d’argent à son ancien compagnon, rappelle ce dimanche le JDD.

Deux affaires étroitement liées

L'affaire est directement liée à ses accusations pour viol sur Gérald Darmanin. En mars 2009, Sophie Spatz est sympathisante de l'UMP. Obnubilée par cette condamnation, elle contacte le parti pour évoquer son affaire dans l'espoir de faire rouvrir le dossier. C'est ainsi qu'elle obtient un rendez-vous avec le chargé de mission au sein du service des affaires juridiques, un certain Gérald Darmanin. Selon le JDD, elle assure que c'est en contrepartie de l'intervention de ce dernier qu'elle aurait été contrainte de lui accorder ses faveurs.

Tout commence en février 2000 quand François S. porte plainte contre elle pour "chantage". L'homme expliquait alors avoir succombé aux charmes d'Olga Patterson qui "exerçait une activité de call girl". Olga Patterson promettait à François S. de vouloir cesser rapidement cette activité. Une relation passionnelle se met en place à tel point que, pour l'aider à sortir de la prostitution, François S. lui offre une première somme d'argent.

Selon les termes du jugements rendu le 16 octobre 2003 et rapportés dans le JDD, le jeune homme se retrouve alors "sous l'emprise de la jeune femme" et accepte d’encaisser à sa demande des chèques pour lui remettre les sommes correspondantes en espèces ainsi qu’à un autre homme, Nourredine B., qu’elle lui avait présenté comme "son ex-petit ami". François S. n'a alors plus d'autres choix que d'obtempérer car menacé d'être "dénoncé comme proxénète". 

Plainte pour dénonciation calomnieuse

Quand il décide de ne plus accéder aux demandes de son amie, il se fait alors menacé et harcelé, y compris sur son lieu de travail ce qui lui vaut de perdre son emploi. Olga Patterson lui réclame "la somme de 40.000 francs (7.725 euros) pour 'solde de tout compte'", relèvent les magistrats dans des documents auxquels a eu accès le JDD.

Celle-ci appelle également les "parents et frères" de l’intéressé pour proférer divers "propos malveillants et menaçants", souligne la cour d'appel. Elle sera déclarée coupable et condamnée par défaut à douze mois de prison. Le 18 février 2005, lors d'un procès en appel, elle soutient que la plainte de François S. était une vengeance après leur rupture. Mais dans sa décision, la Cour juge cet argument "peu vraisemblable" et assure que les témoignages recueillis permettent d'attester que François S. a été soumis à un "harcèlement constant (...) destiné à obtenir la remise de fonds". Elle est condamnée à dix mois de prison avec sursis, avec mise à l'épreuve, interdiction d'entrer en relation avec son ancien compagnon et 15.000 euros de dommages et intérêts.

En juin 2017, Gérald Darmanin avait déjà déposé une plainte en dénonciation calomnieuse dans cette affaire. Et ces révélations sur le passé judiciaire de Sophie Spatz pourraient bien discréditer son accusation de viol. Reste que, pour le moment, des zones d'ombres subsistent et les deux paroles s'affrontent.

Une conversation par SMS

Comme le rappelle Franceinfo, Sophie Spatz assure que, en échange de faire avancer la situation de son dossier judiciaire, Gérald Darmanin lui demande de l'accompagner dans un club libertin, Les Chandelles, puis dans un hôtel à proximité. Selon sa plainte, elle envoie Gérald Darmanin acheter du gel douche et du dentifrice, avant de s'enfermer un long moment dans la salle de bain, pour "repousser le moment fatidique au maximum".

"Hélas, constatant que l’acte était toujours 'au programme', (…) malgré tous ces détours, elle avait dû finir par s’y plier", affirme son avocate dans le document.

Entre 2009 et 2012, les deux échangent encore des SMS. Dans l'un de ses messages, Sophie Spatz écrit: "Quand on sait l'effort qu'il m'a fallu pour baiser avec toi! Pour t'occuper de mon dossier." Selon Le Monde, le numéro de téléphone de correspond bien à celui de Gérald Darmanin qui répond: "Tu as raison je suis sans doute un sale con. Comment me faire pardonner?"

Dans une lettre datée du 3 novembre 2009, Gérald Darmanin demande à la garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, de "faire étudier sérieusement le dossier" de Sophie Spatz et fait parvenir à Sophie Spatz une copie par mail. Mais celle-ci ne s'arrête pas là et dénonce les "pratiques" de l'élu dans une lettre à Jean-François Copé, fin novembre de la même année. Le groupe UMP "l'invite à intenter une action en justice", et l'affaire s'arrête là. Elle ne sera ré-ouverte qu'à la mi-janvier 2018 à la suite d'une nouvelle plainte déposée par Sophie Spatz.

M.P