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Défendre Abdelkader Merah, "un honneur" pour Eric Dupond-Moretti

Me Eric Dupond-Moretti, avocat d'Abdelkader Merah.

Me Eric Dupond-Moretti, avocat d'Abdelkader Merah. - AFP

L'avocat pénaliste, défenseur d'Abdelkader Merah, est revenu sur le procès hors normes qui vient de s'achever. Cible de critiques, parfois virulentes, Me Dupond-Moretti a préféré mettre en avant sa conception de la justice.

Sa sortie de la salle où a siégé la cour d'assises spécialement constituée pour juger Abdelkader Merah pendant cinq semaines a été accueillie par des huées. Eric Dupond-Moretti vient d'obtenir pour son client l'acquittement du chef de "complicité d'assassinats". Seul celui d'"association de malfaiteurs terroriste" a été retenu valant à l'accusé 20 ans de prison, assortis d'une période de sûreté des deux tiers. Tout au long du procès, l'avocat pénaliste a été l'objet de vives critiques alors que son client est considéré par les familles des victimes comme "le maître à penser" de son frère Mohamed Merah.

"C'est un honneur de défendre Abdelkader Merah, rétorque Me Dupont-Moretti sur France Inter ce vendredi matin. Ce n’est pas qu’un boulot, c’est une idée que l'on se fait du métier d’avocat."

Jugé selon nos règles

Revenant aux origines de son engagement dans le dossier Merah, l'avocat explique avoir été contacté par la famille de l'accusé. "J’ai mesuré les enjeux qui dépassent le cadre de l’affaire Merah", poursuit le ténor du barreau de Paris, estiment défendre "la place de la victime dans un procès pénal". S'il considère qu'il y a "des causes indéfendables" comme le nazisme ou le terrorisme, la défense d'Abdelkader Merah est un autre combat. "Moi je ne défends pas une cause, je défends un homme et c'est radicalement différent", plaide l'avocat.

"Mon but n'est pas de faire aimer Abdelkader Merah, mais qu'il soit jugé selon nos règles", tranche-t-il.

Le procès d'Abdelkader Merah a été marqué par plusieurs moments de grande tension, notamment lors de l'audition de la mère des deux frères. Après trois heures d'interrogations, Eric Dupond-Moretti avait déclaré que Zoulikha Aziri avait, elle aussi, "un fils qui était mort". Une remarque qui avait déclenché la colère des parties civiles. "Ce n’était pas des mots de provocation, se défend l'avocat. Je reconnaissais le droit d’être dans un conflit de loyauté entre la vérité et ses enfants." Estimant que les familles "ont tous les droits" car elles sont dans le chagrin, il s'attaque, toutefois à l'attitude des autres avocats et de l'opinion publique. 

"J’en ai pris plein la gueule", reconnait le ténor.

"Faux coupable"

"C’est le procès le plus difficile de ma carrière", confie-t-il également, rappelant qu'il a été "insulté" et que ses enfants ont été menacés pendant le procès. Provoquant, il assure que même "le procès de Nuremberg" a été plus "digne". Par ailleurs, Eric Dupond-Moretti regrette que les policiers n'ont pas témoigné à visage découvert. "C'était une présentation d’une dramaturgie voulue, certains de mes confrères étaient dans la surenchère médiatique", attaque-t-il.

Et selon lui, la menace est réelle: "Le terrorisme nous a décomplexés", considère l'avocat, citant notamment les "politiques décomplexés" qui font preuve d'un "populisme qui le [me] terrifie".

Saluant la décision motivée de la cour d'appel spéciale de Paris, Eric Dupond-Moretti l'assure alors: "On a présenté aux victimes un faux coupable". Car si Abdelkader Merah "incarne aujourd'hui le mal absolu", il était uniquement dans le box des accusés car son frère, Mohamed, est mort.

"Est-ce qu’un type qui incarne le mal dans ce monde peut être acquitté au bénéfice du doute", interroge l'avocat, qui assure qu'il "n'y a aucune preuve de la complicité" de son client. 

Concernant la condamnation pour "association de malfaiteurs terroriste", le pénaliste tient à rappeler que cette accusation a été notifiée à son client après la fin de l'instruction, comme si "les juges savaient" qu'ils n'auraient pas assez de preuves. Pour lui, ce crime est une "infraction fourre-tout". "Aucune partie civile n’a plaidé le fond du dossier", considère Eric Dupond-Moretti. "L’avocat général l’a fait de manière discutable. Je pense qu’on s’oriente vers un deuxième procès". Posant ainsi la question de l'appel.
Justine Chevalier