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Début du procès de Denis Mannechez, père incestueux accusé d'un double meurtre

Denis Mannechez comparaît pour le meurtre de sa fille, avec qui il est resté en couple plus de quinze ans et de son employeur (PHOTO D'ILLUSTRATION).

Denis Mannechez comparaît pour le meurtre de sa fille, avec qui il est resté en couple plus de quinze ans et de son employeur (PHOTO D'ILLUSTRATION). - Guillaume Souvant - AFP

En 2014, il a abattu sa fille, avec qui il est resté en couple pendant plus de 15 ans, et son employeur. Il a ensuite tenté de se suicider et comparaît à Évreux lourdement handicapé, en fauteuil roulant, sans l’usage de la parole.

Un procès “hors norme”. C’est ainsi que qualifient les proches du dossier de Denis Mannechez, qui est jugé à partir de lundi aux Assises de l’Eure. Il est poursuivi pour avoir assassiné sa fille, Virginie, avec qui il est resté en couple pendant plus de quinze ans. Alors qu’elle tentait d’échapper à son emprise, il lui a ôté la vie ainsi que celle de son employeur, Frédéric Piard, chez qui elle avait trouvé refuge, en 2014. Ce lundi, il comparaît en fauteuil roulant, sans pouvoir parler. Juste après les avoir tués, il a retourné l’arme contre lui. La balle est toujours dans son cerveau.

"Inceste consenti”

Ce funeste huis clos familial débute en 2002. Virginie confie à une amie qu’elle, et son autre soeur, sont victimes d’abus sexuels par leur père, un cadre supérieur vivant dans la région de Compiègne. Il est jugé en 2011 mais est sauvé par ses filles, qui changent alors de version et déclarent que les relations ont eu lieu après leurs 15 ans respectifs. «C'était de l'amour consenti», assurent-elles à la barre. Il est d’abord condamné à huit ans de prison. La mère est également reconnue coupable d’agression sexuelle. Un an plus tard, en appel, les juges abaissent la peine du quinquagénaire à cinq ans de prison, dont trois avec sursis. Denis Mannechez repart libre de la cour d’appel, avec Virginie et leurs fils. Les experts parlent alors “d’inceste consenti”.

Le samu social alerté

Un consentement qui s’avère bien relatif. Car en 2014, Virginie, alors âgée de 33 ans, prend finalement la fuite. Elle change leurs fils d’école, démissionne et trouve un nouvel emploi au garage de Frédéric Piard dans la commune de Gisors. Quelques semaines avant son départ, elle alerte le samu social, en déclarant craindre son père et s’inquiéter pour leurs fils, qui a compris la sordide histoire familiale. Des appels à l’aide qui ne suffisent pas à la protéger, puisque Denis Mannechez retrouve sa trace le 7 octobre. Il l’abat à avec un pistolet semi-automatique de calibre 6,35. Frédéric Piard qui est sur place, est un dommage collatéral du coup de folie du père.

“Qu’est-ce qui a pu conduire cet homme à aller jusque-là ?”, s’interroge aujourd’hui maître Spagnol, qui représente des proches du garagiste assassiné. Ses clients dont “certains sont dans l’angoisse, d’autres dans une réelle colère”, espèrent avoir des réponses. Un souhait qui ne sera pas une mince affaire, alors que l'accusé ne peut répondre qu’à l’aide d’une tablette numérique. “Un artifice technique qui entame l’oralité des débats, essentielle aux Assises”, regrette l’avocat.

”Il n’a aucun sentiment de vengeance”

Sur le banc des parties civiles, le clan Mannechez sera également présent. Le fils de Virginie, aujourd’hui âgé de 16 ans, devrait aussi assister à quelques jours d’audience. Nicolas* a depuis changé de région et tente de se reconstruire. ”Il n’a aucun sentiment de vengeance”, assure son avocate, maître Hilliard. Face à cet accusé lourdement handicapé, elle espère surtout que “les jurés n’oublieront pas de se remettre à la date des faits.”

En toile de fond de ces trois semaines d’audience, c’est aussi la justice qui sera inévitablement jugée. Pourquoi cet homme, décrit comme “manipulateur” par ses proches a-t-il pu être libéré ? “La justice a loupé le coche, c’est un rendez-vous manqué”, estime pour sa part Laurent Spagnol.

Le procès pourrait se dérouler à huis clos afin d'évier à Nicolas la présence de journalistes ou d'éventuels curieux. Une pression inutile, alors que l'adolescent devra déjà faire face à cet homme qu’il n’a pas revu depuis quatre ans. “Il a perdu son père le jour où il a perdu sa mère”, confie maître Hilliard.

*Le prénom a été modifié

Esther Paolini