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Costa Concordia: où en est l'indemnisation des victimes?

Trois rescapées françaises,dont Anne Decré à gauche, présidente du collectif des victimes du Costa.

Trois rescapées françaises,dont Anne Decré à gauche, présidente du collectif des victimes du Costa. - -

La plupart des rescapés français, unis sous forme de collectif, ont choisi de négocier à l'amiable. Quelque 187 d'entre eux ont été indemnisés à ce jour, 45 attendent encore. Quant à ceux qui ont fait le choix d'une procédure judiciaire aux Etats-Unis, ils n'ont pas obtenu gain de cause.

Plus de deux ans après son naufrage, le Costa Concordia a entamé son dernier voyage depuis l'île du Giglio, sous les yeux de nombreux survivants venus assister à une page de leur histoire. Cette page n'est pas la dernière: le procès n'est pas terminé (lire ci-contre), et certaines victimes n'ont toujours pas été indemnisées. Parmi elles, près de 45 Français, représentés par deux avocats.

Retour sur les faits. Lorsque le naufrage a eu lieu, 4.231 personnes se trouvaient à bord, dont 462 Français. Trente-deux passagers n'ont pas survécu. Le traumatisme pour les rescapés a été immense. Dès les jours qui ont suivi la catastrophe, ils ont pourtant dû décider s'ils acceptaient ou non la proposition d'indemnisation de la compagnie Costa Crociere, à hauteur de 11.000 euros, à titre de "dédommagement". Certains, dont quelque 180 Français, ont dit oui. Leur dossier s'est clos ce jour-là. D'autres ont engagé un bras-de-fer.

Plus d'une quarantaine de Français encore en attente

"La force des victimes françaises a été de s'unir dès le début sous forme de collectif. Ils se sont exprimés d'une seule et même voix auprès de Costa", raconte à BFMTV.com Me Bertrand Courtois, avocat du collectif. Son cabinet a pris en charge 232 passagers français de la croisière. Après plusieurs longs mois de négociations au cas par cas, un accord à l'amiable a été trouvé pour la plupart d'entre eux avec les assureurs de la compagnie. "Le montant accordé à chacun est confidentiel, mais il est significativement supérieur aux 11.000 euros" initialement accordés, confie l'avocat.

Quelque 45 dossiers restent encore en suspens. "Nous avons mis en place une expertise à l'amiable et contradictoire: un médecin psychiatre mandaté par le collectif et l'autre mandaté par la compagnie se sont penchés sur 40 dossiers à ce jour. Les cinq autres seront étudiés en septembre. Nous finaliserons les négociations à ce moment-là. Les indemnisations devraient être versées avant la fin de l'année", espère Me Courtois.

Le préjudice "d'angoisse de mort imminente"

Le préjudice pour lequel les rescapés demandent réparation portent un nom: il s'agit du préjudice d'angoisse, reconnu depuis quelques années par certaines juridictions en France lors d'accidents collectifs. "Il s'agit d'évaluer le préjudice post-traumatique généré par l'accident. Ces gens ont été confrontés à une angoisse de mort imminente, qui peut entraîner ensuite de nombreux troubles", indique l'avocat.

D'autres Français, au nombre d'une quinzaine, ont intenté une procédure judiciaire en passant par les Etats-Unis, pays d'origine de la maison-mère de la compagnie. "Mais leur demande a été rejetée. Les tribunaux se sont déclarés incompétents, estimant qu'il s'agissait d'un dossier européen", relate l'avocat. Eux tentent aujourd'hui de rattraper en marche les négociations à l'amiable.

Russel Rebello, "encore prisonnier de ce tombeau"

Anne Decré, passagère du bateau le jour du naufrage, est à l'origine de la création du collectif français. Jointe par BFMTV.com, elle fait part de son amertume. "J'espère que pour les dossiers restants, Costa saura se montrer aussi généreux que la somme qu'ils ont dépensée pour remorquer la carcasse aujourd'hui [mercredi, ndlr], plus d'un milliard de dollars. Il ne s'agit pas d'une ruée vers l'or, mais juste d'une reconnaissance de ce que l'on a vécu ce jour-là."

Pour elle, pourtant, la page ne se tournera pas seulement quand les dernières indemnisations seront versées. "Elle se tournera lorsqu'on retrouvera le dernier corps, Russel, qui est encore prisonnier de ce tombeau". Russel Rebello, d'origine indienne, était serveur à bord du Costa Concordia. Il avait 33 ans et était père de deux enfants.

|||Un procès sans fin

Le procès qui s'est ouvert en juillet 2013 n'est toujours pas terminé. Le commandant Francesco Schettino est sur le banc des accusés, notamment pour multiples homicides par imprudence. "C'est une véritable farce. Il y a une à deux audiences par mois, mais ça n'avance pas", regrette Me Courtois, avocat d'un collectif de victimes françaises. Cinq autres inculpés ont bénéficié d'un accord à l'amiable avec la justice et ont été condamnés à des peines modérées.

Alexandra Gonzalez