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Chevaline : la presse britannique dans une course à l'info

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Les premières photos du père de famille et de la scène de crime nous ont été apportées par les médias anglais. En pointe de la couverture de ce drame, c'est une véritable course à l'info outre-Manche.

Aussitôt dépêchés sur place après la découverte des corps, les journalistes britanniques sont en pointe dans la couverture médiatique de la tragédie de Chevaline.

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Photos, témoignages, mais aussi suppositions plus ou moins hasardeuses continuent de faire les gros titres des tabloïds comme des journaux plus traditionnels. Ils nous apportent des éclairages inédits sur cette affaire encore bien mystérieuse.

C’est par la presse anglaise que nous sont parvenues les premières photos de la scène du crime, puis du père de famille assassiné, Saad al-Hilli. La vidéo montrant la scène de crime depuis un hélicoptère est signée Sky News.

Petit à petit, les suppositions sur les faits eux-mêmes se font de plus en plus précises : il apparaît dans le Mirror que la fusillade n’aurait pas duré plus de 30 secondes, ce qui accrédite, pour eux, la thèse d’un tueur professionnel. Ce sont des témoins interrogés dans les environs de la scène de crime qui les auraient renseignés. Le Daily Mail parle même de "tueur psychopathe", qui aurait pris la famille pour cible, et n’oublie pas la probabilité d’un tueur "malade mental".

Dans un autre article, les journalistes émettent la possibilité qu’il y ait plusieurs tueurs. Trois des victimes ont été tuées suivant le modus operandi d’un professionnel (deux tirs à la tête) et la quatrième, le cycliste, de pas moins de cinq balles. Cette différence les amène à penser qu’il pourrait y avoir plus d’un tireur.

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Querelle de famille

Mais c’est sur la personnalité et l’histoire des victimes que l’on en sait aujourd’hui beaucoup plus. De nombreux portraits du père de famille, Saad al-Hilli, sont publiés outre-manche. Son CV est maintenant connu. Il a étudié à la Pimlico Comprehensive School de Londres et s’est spécialisé en mathématiques, physique et dessin technique, relève le Daily Mail. Aujourd’hui, amateur de cyclisme et de badminton, il a travaillé pour une entreprise d’ingénierie satellite à Guidford mais a aussi lancé en 2001 sa propre boîte de consulting, SHTech. Au moment de sa mort, il travaillait comme secrétaire dans une entreprise de photo aérienne.

Pour établir ces informations, les voisins et amis de la famille ont largement été mis à contribution. L’histoire du père de famille comme celle de sa femme rencontrée à Dubaï il y a dix ans, rapportées par le Daily Mail, comporte de moins en moins de zones d’ombre, mais ont aussi fait surgir de nouvelles interrogations.

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Ils nous apprennent par exemple que Saad al-Hilli vivait dans l’inquiétude. Le Mirror a rencontré Jack Saltman, l’un des voisins de la famille al-Hilli et ancien journaliste.

Selon lui, avait peur et deux à trois fois, un événement lui aurait donné matière à s’inquiéter : "Il avait de la famille en Irak et il était inquiet pour leur sécurité. Il parlait avec eux au téléphone." Avant de partir, il lui aurait demandé de garder un œil sur sa maison. Voulant garder les détails pour la police, ce voisin a ajouté : "ll m'avait dit qu'il avait un problème, à plus d'une occasion."

Surveillé par les renseignements britanniques

Un autre voisin, interrogé par le Daily Mail, livre un témoignage plus troublant : la victime lui aurait dit qu’il avait un problème personnel avant de partir pour la France, le 29 août. Mais surtout, il affirme que les renseignements britanniques tenaient al-Hilli sous surveillance. Il raconte aux journalistes cette journée de 2003, juste après l’invasion américaine de l’Irak, où des officiers de la "branche spéciale" seraient venus s’installer dans l’allée pour le surveiller, et le suivre au moment où il a quitté son domicile.

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Ce problème pourrait très bien être un conflit de succession. Après que le procureur de la République, Eric Maillaud, a indiqué que cette piste n’était pas écartée, les journalistes anglais ont suivi cette piste. Le Telegraph fait bien état d’un différend entre Saad al-Hilli et son frère, Zaid, qui porterait sur les biens ayant appartenu à leur père, mort l'an dernier.

Le Daily Mail relève que des propriétés en France, en Suisse, en Espagne et en Irak pourraient être au cœur d’une querelle familiale. Sans citer de source spécifique, le Mirror et le Sun avancent même un montant : plus de 1,2 million d’euros. Zaid al-Hilli se serait rendu de lui même à la police britannique pour se défendre de tout soupçon le concernant.

Israêl commanditaire ?

Outre la piste familiale, la piste internationale est également exploitée. Pour le Daily Mail, il aurait été placé sous surveillance à cause de rapports mystérieux qu’entretenait la famille al-Hilli avec le parti Baas de Saddam Hussein.

Le Daily Mail cite un "ami proche" qui aurait confirmé que le père de Saad al-Hilli, un directeur d’usine, et sa mère, auraient quitté l’Irak à la fin des années 1970. A ce moment, Saddam Hussein accède au pouvoir, et de nombreuses purges ont eu lieu pour écarter les dissidents. Les services de renseignement n'ont pas confirmé cette information.

Le Sun va carrément supposer que Saad aurait pu être assassiné après avoir travaillé sur le programme nucléaire de Saddam Hussein. Ce serait Israël qui aurait commandité l'assassinat, de peur que ses compétences aillent servir les intérêts iraniens...

La prochaine conférence du presse du procureur de la République, ce vendredi à 17h, pourrait bien mettre peu d’ordre dans toutes ces pistes et suppositions… et en lancer de nouvelles.

Olivier Laffargue