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Carlos, un "révolutionnaire de profession" sans remords manifeste

Le terroriste vénézuélien Ilich Ramirez Sanchez, alias Carlos, lors de son procès en première instance le 15 décembre 2011.

Le terroriste vénézuélien Ilich Ramirez Sanchez, alias Carlos, lors de son procès en première instance le 15 décembre 2011. - -

Le procès en appel d'Ilich Ramirez Sanchez, alias Carlos, s'est ouvert lundi à Paris pour un mois et demi. Retour sur le parcours d'une figure du terrorisme international de années 1970 et 1980.

Son surnom, Carlos, remonte aux années 70. Le temps où il militait au sein du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), groupe conjuguant nationalisme arabe et marxisme. Son prénom pour l’état-civil est Ilich, le patronyme de Lénine.

Fils d’un avocat communiste vénézuélien, Ilich Ramirez Sanchez a passé sa vie entre terrorisme, clandestinité et détention. À 63 ans, il fait son retour devant les assises de Paris pour quatre attentats qui ont fait en France 11 morts et près de 150 blessés, il y a trente ans.

Il a fait ses armes à la fin des années 1960 en Jordanie, dans la guérilla du FPLP dont il prend en 1973 les commandes de la section "opérations extérieures". Cette année-là, il met ses apprentissages à exécution en tentant d’assassiner Joseph Edward Seif, un homme d’affaires sioniste. L'opération échoue; Carlos se réfugie en France.

Attaques, fusillade et prise d'otage sanglante

Le pays ne connaît pas encore le visage rond à la fine moustache de celui qui deviendra son ennemi public n°1. Mais il ne faut que quelques mois au "Chacal", un autre de ses surnoms, pour s'en prendre aux sièges de plusieurs médias à Paris. L'année suivante, deux tentatives d’attaques contre des avions de la compagnie nationale israélienne El Al à l’aéroport d’Orly lui sont imputées. Jusque-là, pas de victimes.

Mais la même année, il tire et tue des agents de la DST venus l'arrêter pour le confronter à Michel Moukharbal, un Libanais que les services du renseignement ont arrêté quatre jours plus tôt. Moukharbal est également tué. Pour ces faits, Carlos sera condamné à la réclusion à perpétuité en 1997.

Toujours en 1975, Carlos et son groupe prennent en otage 70 personnes, parmi lesquelles 11 ministres de l'Opep réunis en Autriche, à Vienne. L'attaque, la seule qu’il ait revendiquée à ce jour, fait trois morts.

Quatre attentats sur le sol français

Puis l'homme se déchaîne sur le sol français et les attaques s'enchaînent. Explosion contre un train Paris-Toulouse qui fait cinq victimes en 1982, explosion d'une bombe devant le siège du journal Al Watan al Arabi à Paris (un mort et 66 blessés); explosion à la gare de Marseille (deux morts) et contre le TGV Paris-Marseille (trois morts).

C'est cette campagne d'attentats, pour lesquels le Vénézuélien a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en 1994, qui lui valent de comparaître en appel depuis lundi. Leur motivation? Une réponse à l'arrestation en février 1982 de deux de ses camarades, Bruno Bréguet et sa compagne allemande Magdalena Kopp, selon l'accusation.

"Imprévisible et explosif"

Puis vient le temps de la clandestinité. Carlos est signalé au Yémen du Sud et en Libye, avant de s'installer en Syrie. Quand cet hôte devient trop indésirable aux yeux du régime et que le terroriste sent planer la menace d’extradition, il trouve refuge au Soudan.

C'est là que la DST finira par le faire enlever sur ordre du ministre de l’Intérieur de l’époque, Charles Pasqua. Le 15 août 1994, Ilich Ramirez est incarcéré à la prison de la Santé. Dès lors, il ne quittera plus les prisons françaises, où il finira par se forger un quotidien.

Aude Siméon, enseignante de Lettres à la centrale de Poissy où Carlos a été transféré il y a cinq ans, décrit dans un livre, Prof chez les taulards (éd. Glyphe) un personnage "poli", "gentiment blagueur" et "généreux". Un homme qui "aime la discussion", passion que son avocat, Me Francis Vuillemin, explique par le "besoin de liens sociaux".

Ces penchants rhétoriques n'ont pourtant pas séduits de la même manière les magistrats qui l'ont jugé en première instance, en décembre 2011. De long monologues qui tournaient parfois à de brusques et sonores emportements. "C’est un personnage imprévisible, explosif, reconnaît son avocat. Même en le connaissant, on marche toujours sur des œufs."

L'ami de Chavez

Un avocat que Carlos, aujourd'hui petit homme replet aux cheveux blancs, a brusquement congédié au premier jour de son procès en appel, lundi. Motif? Le refus des autorités vénézuéliennes de prendre en charge les frais exorbitants de sa défense, qui comprend également plusieurs conseils étrangers.

L'ancien président Hugo Chavez, décédé le 5 mars, l’avait assuré de son soutien: fin 2011, il qualifiait son compatriote de "digne héritier des plus grandes luttes" pour les peuples. Mais son successeur Nicolas Maduro, élu en avril, est visiblement moins enthousiaste à voir revenir Ilich Ramirez dans son pays. Pour Me Vuillemin, il a "peur".

Au président qui lui demandait sa profession, à son premier procès, Carlos a répondu: "Vous savez bien que je suis révolutionnaire de profession". Devant cette attitude, Me Francis Szpiner, l'avocat de plusieurs victimes, a avoué lundi "ne rien attendre" de la nouvelle audience, rappelant qu’Ilich Ramirez Sanchez n’avait "jamais manifesté le moindre remords", et affirmant qu’il "n’en manifesterait pas".


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