BFMTV

"C'est un prédateur": le chirurgien de Jonzac désormais suspecté d'avoir fait 250 victimes

BFMTV

Suspecté de viols et agressions sexuelles sur "250 victimes potentielles", le chirurgien de Jonzac devra répondre de ces accusations à partir du 13 mars devant la Cour d’assises de Charente-Maritime. Des victimes racontent comment il aurait abusé d’elles à la sortie du bloc opératoire.

C’est une affaire de pédophilie d’une ampleur inédite. La justice a identifié "250 victimes potentielles" du chirurgien de Jonzac, suspecté de viols et d'agressions sexuelles sur des patients mineurs durant près de 30 ans de carrière dans le Centre et l'Ouest.

Ces faits, qu'il reconnaît partiellement, remontent aux années 1989 à 2017. Durant cette période, le praticien a travaillé en Touraine, en Indre-et-Loire, en Bretagne, à Vannes et Lorient et en Charente-Maritime, à l'hôpital de Jonzac, lieu de son dernier domicile. C’est là, qu’il a été interpellé en 2017, accusé de viol par sa voisine de 6 ans.

"Elle m’a dit: 'Le monsieur m’a fait voir son zizi'", confie le père de la fillette à BFMTV. Tandis que sa mère précise: "Le soir, j’ai été dans sa chambre et j’en ai parlé pendant plus d’une heure avec elle pour savoir ce qui s’était passé. Je lui ai donné une poupée pour comprendre les gestes qu’il avait eus."

"Prédateur"

Mais la liste des accusations ne s’arrête pas là, car les enquêteurs ont découvert en 2017 à son domicile de mystérieux carnets comprenant près de 200 noms d'enfants. Parmi eux, celui d’Amélie. Cette femme de 37 ans s’est fait opérer de l’appendicite en 1991 - elle avait alors 9 ans - par le praticien et traînait depuis un malaise qu’elle ne parvenait pas à identifier, jusqu’au premières révélations sur cet homme dans la presse locale.

Appréhension des piqûres, des vaccins, de l’environnement médical… "J'ai enfin compris que mes peurs avaient une explication, que contrairement à ce que j'entendais depuis de longues années, je n'étais pas simplement douillette", témoigne-t-elle dans les colonnes du Parisien.

La jeune femme a porté plainte. Elle est consignée dans les carnets du chirurgien, qui évoque "des regards sur [son] intimité, des choses lourdes de sens". Elle aurait été abusée en sortant du bloc opératoire, encore sous l’effet des anesthésiants. "J'étais sans défense, mes parents avaient toute confiance dans ce médecin, c'est ça qui est dur", glisse la jeune femme qui s’est rapprochée de Me Francesca Satta, avocate de plusieurs victimes.

Selon elle, c’est "l’intelligence au-dessus de la moyenne" du chirurgien qui lui a permis "de se faufiler tranquillement. C’est un homme qui fondamentalement est un pervers, un prédateur et un danger pour notre société", argue l'avocate sur BFMTV.

184 plaintes

Une assertion dénoncée par Me Thibaut Kurzawa, l’avocat du mis en cause. "Aucun passage à l’acte n’est avéré", défend-il. "Il y a des écrits qui relatent des choses ignobles mais sa position est de dire que ça ne relève que de ses rêves, de ses fantasmes".

Incarcéré depuis sa mise en examen il y a deux ans, l’ancien chirurgien de 68 ans - déjà condamné en 2005 pour détention d'images pédopornographiques - devra répondre des accusations de viols et d'agressions sexuelles sur quatre victimes présumées, mineures à l'époque des faits, du 13 au 17 mars devant la Cour d'assises de Charente-Maritime.

Outre ces quatre premiers dossiers, les gendarmes ont poursuivi leurs investigations pour identifier au bout du compte, "250 potentielles victimes de faits non prescrits" grâce à ces manuscrits dans lesquels il décrit des scènes sexuelles. Devenus le point de départ du second volet de l’enquête, ces carnets répertorient les garçons d'un côté, et les filles de l'autre avec les noms et les prénoms, et parfois les coordonnées, selon une source proche de l'enquête à l’AFP.

"184 personnes ont souhaité déposer plainte", a annoncé lundi dans un communiqué le procureur de La Rochelle, Laurent Zuchowicz. La plupart étaient mineures au moment des faits. Selon le magistrat, 209 personnes ont déjà été auditionnées et "plusieurs d'entre elles font état de souvenirs précis". Face à cette affaire d'une ampleur inégalée, les investigations promettent d'être longues. 

Juliette Andrieux avec Ambre Lepoivre