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"Bougnoule, bicot, youpin, négro, c'est rigolo pour eux": une policière dénonce le racisme de ses collègues

Sous couvert d'anonymat, cette jeune femme se confie à BFMTV au sujet du racisme auquel elle assiste au sein de la police.

Alors que le débat sur le racisme dans la police agite le monde entier après la mort de George Floyd aux Etats-Unis, un Afro-Américain mort asphyxié lors d'une interpellation par un policier, que les manifestations contre les violences policières se multiplient en France et qu'une enquête a été ouverte par le parquet de Paris sur un groupe Facebook où des policiers postaient des messages à caractère racistes, une policière dénonce sur BFMTV des agissements similaires de la part de certains de ses collègues.

"La 'bougnoule', c'était moi aussi"

C'est lorsqu'elle est entrée à l'école de police que cette jeune femme a été confrontée pour la première fois au racisme dans le cadre professionnel. A ce moment-là, elle raconte à BFMTV avoir eu des doutes:

"Je me suis posée la question de savoir si j'avais fait le bon choix d'entrer dans la police, parce que la 'bougnoule' comme ils l'appellent c'était moi aussi, ayant des origines maghrébines", raconte-t-elle.

"Mais t'es pas de chez nous"

La policière, francilienne, est ensuite mutée dans le sud de la France. Là-bas, poursuit-elle, "on m'a fait le signe 'mais t'es pas de chez nous'" lorsqu'elle est arrivée.

Elle assiste ensuite à des sorties racistes, et décide d'enregistrer des commentaires. "Quand je dis bougnoule, c'est vraiment péjoratif, c'est arabe bâtard", se vante ainsi un fonctionnaire.

"Des propos injurieux, qui pour ces fonctionnaires ne le sont pas. C'est rigolo pour eux. Ce sont des adjectifs, 'bougnoules', 'bicot', 'youpin', 'négro'… C'est normal, c'est dans le vocabulaire, et si on n'accepte pas, on n'a pas d'humour", se désole-t-elle.

Des faits signalés à l'IGPN

Pis encore, les propos racistes se transforment parfois en actes. Selon cette policière, l'origine ethnique des personnes est déterminante dans l'action de certains de ses pairs. Elle raconte une scène à laquelle elle a assisté:

"Je passais par là et je le (un policier, NDLR) vois donner des claques à ce jeune. Je lui pose la question, je lui dis: 'Pourquoi tu as tapé le petit?' Et là il me répond 'oh c'est un petit Rom, c'est des sous-merdes, des sous-être humains, on s'en fout, je lui mets une bonne raclée ça va lui faire comprendre les choses, ses parents l'ont pas assez frappé.'"

En mars dernier, la jeune femme a effectué un signalement à l'IGPN, la police des polices. Pour l'heure, sa hiérarchie n'a pas bougé.

Charlotte Mesurolle, Johan Rouquet et Audrey Lalli avec Clarisse Martin