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Attentats de Paris: la justice avait enquêté dès 2010 sur un projet d'attentat contre le Bataclan

L'attaque terroriste du Bataclan en novembre dernier a fait 90 morts.

L'attaque terroriste du Bataclan en novembre dernier a fait 90 morts. - François Guillot - AFP

Le Canard Enchaîné révèle qu'une information judiciaire avait été ouverte dès 2010 pour enquêter sur un projet terroriste qui visait déjà spécifiquement le Bataclan à l'époque. Faute de preuves, l'enquête avait conduit à un non-lieu.

La justice avait déjà été informée il y a cinq ans d'un possible attentat visant le Bataclan. Selon les informations du Canard enchaîné, dès 2010 et jusqu'en 2012, le pôle antiterroriste a enquêté sur un projet criminel imaginé contre la salle de spectacle. Les investigations auraient permis de concentrer les soupçons contre un homme, Farouk Ben Abbes, à qui l'on connaît aujourd'hui des liens avec Fabien Clain, la "voix" de Daesh qui a revendiqué les attentats du 13 novembre dernier à Paris et à Saint-Denis. 

Tout débute en 2010, selon l'hebdomadaire satirique. Le 13 juillet, une information judiciaire est confiée à un juge d'instruction. La justice est alertée d'une possible attaque contre le Bataclan et prend la menace très au sérieux. La Direction centrale du renseignement intérieur, l'actuelle DCRI, est saisie. Ses investigations la mènent jusqu'à un certain Farouk Ben Abbes. Ce dernier est alors mis en examen et écroué, indique Le Canard Enchaîné. Mais en septembre 2012, faute de preuves, la procédure s'arrête net. Ben Abbes, qui bénéficie alors d'un non-lieu, est relâché.

Des liens avec l'attentat du Caire

Farouk Ben Abbes pouvait-il être au courant de la préparation des attentats de novembre dernier? Rien pour l'heure ne permet de le dire. Mais des connexions s'établissent. L'hebdomadaire satirique rappelle que ce dernier est un proche de Fabien Clain. Celui qui est désormais présenté comme la "voix" de Daesh qui a revendiqué les attaques de Paris est bien connu des services de renseignement français. Dès les années 2000, il était devenu rabatteur pour la filière d'Artagat, qui a envoyé de nombreux jeunes en Irak.

D'autres éléments concentrent les soupçons autour de Farouk Ben Abbes. Son nom apparaît dans un autre dossier terroriste visant les intérêts de la France. Il s'agit de l'attentat du Caire en Egypte en 2009, dans lequel une jeune lycéenne française en vacances avec ses camarades, Cécile Vannier, a été tuée. Rapidement, l'enquête sur cette attaque s'oriente à l'époque vers plusieurs suspects, dont Dude Hoxha, une Française d'origine albanaise. Cette dernière implique immédiatement celui que les autorités ont soupçonné de vouloir attaquer le Bataclan.

Pas de renforcement de la sécurité

Selon ses dires, Farouk Ben Abbes, mis en cause dans le dossier de l'attentat du Caire mais aussi pour son rôle sur un forum jihadiste, lui aurait fait d'étranges confidences concernant un attentat-suicide contre la salle de spectacle située dans le 11e arrondissement parisien. "Le patron est un Juif qui finance l'armée israélienne", lui aurait confié Ben Abbes. Une manière à l'époque de justifier ses projets d'attentat contre le Bataclan. De fait, la salle a déjà hébergé dans le passé des soirées de soutien à l'armée israélienne.

Pour autant, à l'époque et jusqu'à aujourd'hui, les autorités ne semblent pas avoir jugé nécessaire de renforcer la sécurité autour du Bataclan. Bien sûr, rien ne permet de dire que le massacre du 13 novembre aurait pu être évité. Mais au soir des attentats, les policiers du Raid n'avaient même pas à leur disposition les plans de la salle pour préparer leur assaut, rappelle Le Canard Enchaîné. Et ce alors que les autorités doivent pouvoir avoir accès à ce type de documents.

Justine Chevalier