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Assassinat de Samuel Paty: l'adolescente qui a avoué avoir menti "n'a jamais souhaité sa mort"

Invité de BFMTV, Me Tabula, avocat de l'adolescente ayant accusé à tort Samuel Paty, a insisté sur le fait que sa cliente n'a "pas participé de loin ou de près à l'organisation de la décapitation."

"C'est un mensonge et rien d'autre." Ce dimanche était invité sur le plateau de BFMTV Me Mbeko Tabula, l'avocat de l'adolescente ayant accusé Samuel Paty d'islamophobie. Le pénaliste est revenu sur les aveux de sa cliente, qui a reconnu lors d'une audition avoir menti sur sa présence au cours sur la liberté d'expression, comme l'ont initialement révélé nos confrères du Parisien.

Un "porte-parole" de ses camarades

Interrogé sur le climat familial difficile, notamment avec sa sœur jumelle avec laquelle elle aurait entretenu une forme de complexe d'infériorité, l'avocat refuse d'utiliser cela comme "prétexte". "On est sur un terrain glissant", note-t-il.

En revanche, "ce qu'il faut prendre en considération", juge l'avocat, "c'est que ce sont ses camarades qui l'ont utilisé comme porte-parole". "Des camarades ont déclaré qu'elle n'était pas présente, d'autres qu'elle était présente. Elle s'est sentie portée par une forme de représentation, par un mandat pour raconter ce que ses camarades ont vu et dénoncer d'après eux le comportement du professeur."

"Il y avait déjà une certaine tension au sein du cours", a martelé Mbeko Tabula ce lundi matin sur BFMTV. "Certains de ses camarades avaient mal vécu la diffusion de ces images et lui avaient demandé d'être la porte-parole de leur malaise."

Son mensonge a été le point de départ d'un engrenage, dans lequel une polémique a été amplifiée par les réseaux sociaux, ainsi que par son père Brahim Chnina et le militant islamiste Abdelhakim Sefrioui, tous les deux mis en examen.

Eviter "un pugilat"

"Elle a conscience que cette déclaration erronée est à l'origine d'un certain nombre d'éléments (...) Elle vit avec ça tous les jours." "C'est quelque chose qui la bouleverse et la marque profondément", a-t-il ajouté ce lundi. "Elle est meurtrie, elle est bouleversée."

La jeune fille de 13 ans a depuis été mise en examen pour "dénonciation calomnieuse" et il reconnaît pleinement que les faits "sont caractérisés." Mais le pénaliste appelle à éviter "tout raccourci, toute paresse intellectuelle sur la complexité de ce dossier".

"Elle n'a aucun lien direct ou indirect avec l'assaillant. Elle ne le connaît pas. Il ne faudrait surtout pas que dans l'esprit des uns et des autres, on ait le sentiment qu'elle est responsable de cette décapitation", tient à souligner Me Tabula.

Et d'insister: "Je ne veux pas qu'on s'inscrive dans un pugilat. (...) La responsabilité de l'assaillant lui est propre."

"C'est un mensonge et rien d'autre. Elle n'a fourni aucun élément en matière d'armes, de logistique. Elle n'a pas participé de loin ou de près à l'organisation de la décapitation."

Une analyse "dépassionnée"

Il demande à la justice une "analyse froide et dépassionnée" pour comprendre "les responsabilités directes et indirectes des uns et des autres et essayer de trouver une logique à tout ça." Au total, 14 personnes sont actuellement mises en examen dans l'enquête sur l'assassinat de l'enseignant de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines).

"Elle avait des désaccords avec Samuel Paty. Mais jamais, au grand jamais elle n'a souhaité sa mort."

La jeune fille a depuis repris sa scolarité "dans un autre établissement". "Elle a intégré un nouveau collège et elle essaye de reprendre les habitudes d'une collégienne lambda, ce qui n'est pas chose évidente", a expliqué son avocat ce lundi. "Elle reçoit des menaces, des injures, elle n'est pas traitée avec considération et bienveillance".

Me Mbeko Tabula a appelé à ne "pas l'abandonner". "C'est une adolescente de 13 ans", a-t-il rappelé, exhortant à ne pas "l'accabler", sans pour autant "minimiser son comportement", dont "elle répondra devant la justice".

Esther Paolini Journaliste BFMTV